Encore neuf mois avant le couperet. Le 1er avril 2027, Ubuntu 22.04 LTS, alias Jammy Jellyfish, quitte officiellement le support standard : le support standard se termine en avril 2027, et le programme ESM de Canonical étend la couverture payante jusqu’en avril 2032. Concrètement, ça veut dire que les dépôts principaux cessent de recevoir des correctifs gratuits, et que tout ce qui tourne encore là-dessus sans précaution devient une passoire à failles. Pas de panique immédiate, mais il est temps de sortir l’agenda.
À retenir
- Une fenêtre de neuf mois pour agir avant que Jammy ne devienne une passoire à failles
- Le danger silencieux : le système continuera de fonctionner pendant que les vulnérabilités s’accumulent
- Trois chemins possibles selon votre profil : ESM gratuit, migration, ou support Legacy payant
Ce qui bascule vraiment le 1er avril 2027
Jammy Jellyfish est sorti le 21 avril 2022, et comme toute LTS qui se respecte, elle a bénéficié d’une période de support standard de cinq ans, durant laquelle le système reçoit les mises à jour du dépôt « Main » : corrections de bugs, stacks d’activation matérielle et correctifs de sécurité pour le cœur du système. Passé cette date, plus rien ne tombe automatiquement dans les dépôts classiques. Canonical arrête de fournir gratuitement les mises à jour de sécurité pour les paquets du dépôt « main », et le serveur devient exposé à toute CVE divulguée contre le noyau ou les paquets essentiels de la 22.04.
Le plus vicieux dans l’histoire, c’est que rien ne va planter du jour au lendemain. Le système continuera de démarrer, les applis continueront de tourner, apt update ne hurlera pas forcément d’alarme rouge. Mais chaque nouvelle vulnérabilité découverte après cette date s’empile sans jamais être corrigée. Ça crée une surface d’attaque qui ne cesse de grandir, et que la plupart des scanners de vulnérabilités ne signalent même pas. : le danger est silencieux, ce qui est largement pire qu’un plantage bruyant.
Pourquoi ce n’est pas (tout à fait) la fin du monde
Canonical a prévu une soupape : l’Expanded Security Maintenance, ou ESM. Ce programme étend la couverture payante jusqu’en avril 2032, une extension de cinq ans qui couvre le noyau, les paquets apt et le dépôt universe ; il est gratuit jusqu’à cinq machines par compte Ubuntu One, l’usage à l’échelle entreprise nécessitant un abonnement Ubuntu Pro. Pour un particulier avec un ou deux PC sous Jammy à la maison, c’est donc une simple commande à taper (l’activation du client Ubuntu Pro gratuit) et basta, cinq ans de sursis gratuit.
Pour les entreprises qui traînent des parcs entiers sous 22.04, l’histoire est un peu plus corsée. Canonical propose même un étage supplémentaire, le Legacy Support, qui repousse encore la date fatidique. Ce support Legacy étend la maintenance des versions LTS d’Ubuntu à partir de la 14.04 de deux années supplémentaires au-delà de l’ESM, une offre réservée aux clients payants d’Ubuntu Pro. Sur le papier, ça donne donc une fenêtre qui court jusqu’à 2034 pour les environnements les plus contraints, typiquement l’industrie, les télécoms ou les secteurs très réglementés qui ne peuvent pas se permettre une migration précipitée.
Il faut quand même être honnête : l’ESM ne couvre pas tout comme avant. Ubuntu Pro offre des correctifs de sécurité pour les CVE critiques, hautes et certaines moyennes dans les dépôts main et universe, tandis qu’Ubuntu Pro Infra-only ne garantit des correctifs que pour les paquets du dépôt main. En clair, on reste protégé sur l’essentiel, mais on n’a plus le service complet d’une version pleinement supportée, avec les mises à jour de fonctionnalités et le confort qui va avec.
Les trois voies possibles avant avril 2027
Première option, la plus simple pour du perso : activer l’ESM gratuit via Ubuntu Pro et continuer sur sa lancée jusqu’en 2032. Deuxième option, migrer vers une version plus récente : Canonical encourage les utilisateurs à explorer Ubuntu 24.04 LTS, supportée jusqu’en avril 2029, et depuis peu, Ubuntu 26.04 est disponible en tant que dernière LTS en date. Troisième option, pour les infrastructures critiques qui ne peuvent littéralement pas bouger avant des années, souscrire au Legacy Support et gagner du temps.
Ce qui me frappe, c’est le monde parallèle entre particuliers et pros sur ce sujet. Une étude menée sur plus de 32 000 machines Linux a montré que 98,55% des utilisateurs tournent sur des versions supportées d’Ubuntu, soit en support complet, soit, pour la majorité, en support étendu. Ça veut dire que la discipline existe déjà dans l’écosystème : les gens migrent, ou activent l’ESM, plutôt que de laisser filer. Mais ça laisse aussi un petit 1,5% qui navigue en zone dangereuse, et statistiquement, sur des dizaines de milliers de machines, ça représente quand même du monde.
Le vrai enjeu, c’est le calendrier
Neuf mois, ça paraît long. Ça ne l’est pas quand on gère un parc de serveurs de production avec des dépendances applicatives tordues, des scripts maison qui datent de l’époque où Jammy venait de sortir, et une DSI qui a d’autres priorités budgétaires. La planification de la migration ou de l’inscription à l’ESM devrait commencer dès 2026, pas en catastrophe au mois de mars 2027. Un audit rapide de ses machines (un simple lsb_release -a suffit pour savoir sur quelle version on tourne) permet de cartographier le risque en une après-midi. Après ça, il ne reste plus qu’à choisir entre confort immédiat (ESM gratuit) et modernité (upgrade vers 24.04 ou 26.04). Ce qui n’est pas une option, en revanche, c’est de laisser Jammy tourner nu après avril 2027 en croisant les doigts.
Sources : lemondeinformatique.fr | tuxcare.com