Ce formulaire caché dans les paramètres Instagram sert à s’opposer à ce que Meta utilise vos publications publiques, vos photos et vos légendes pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle. Sans cette démarche, tout ce que vous postez en public nourrit silencieusement les algorithmes de Meta, un système que l’autorité irlandaise de protection des données a validé après plusieurs mois de négociations avec l’entreprise.
À retenir
- Vos photos Instagram publiques alimentent silencieusement les systèmes d’IA de Meta depuis près de 20 ans
- Un formulaire d’opposition existe, mais il est tellement bien caché que presque personne ne le connaît
- Même en cochant toutes les cases, des failles subsistent et ne vous protègent que partiellement
Vos photos, matière première pour l’IA de Meta
Meta ne s’en cache plus vraiment, même si l’annonce n’a jamais fait de bruit. Muse Image, un générateur d’images créé par l’IA de Meta, pioche dans les comptes Instagram publics, mais vous pouvez retirer vos propres photos de ce système depuis les réglages de votre compte, sans passer par un formulaire. Concrètement, n’importe quel autre utilisateur peut mentionner votre compte pour qu’une IA génère une image à partir d’une de vos photos publiques, sans que vous en soyez notifié au moment où ça se produit.
Le plus troublant, c’est le réglage par défaut. Comme par défaut, les comptes et contenus d’Instagram sont publics, n’importe quel autre utilisateur peut associer votre compte à une création et piocher dans vos propres photos publiées. Seuls les comptes privés et les profils des utilisateurs de moins de 18 ans échappent automatiquement à ce consentement. si vous n’avez jamais touché à vos réglages de confidentialité, votre album vacances ou vos photos de famille sont potentiellement une banque d’images gratuite pour n’importe qui muni d’un prompt malintentionné.
Mais Muse n’est que la partie visible de l’iceberg. Le vrai sujet, celui qui justifie ce fameux formulaire, concerne l’entraînement des modèles d’IA de Meta au sens large. Pour s’entraîner à créer des images et des autocollants, Meta utilise nos publications sur Facebook et Instagram. Et ce n’est pas anecdotique : selon un site spécialisé américain, Meta a confirmé que le contenu publié publiquement par des utilisateurs adultes depuis 2007 a été utilisé à des fins d’entraînement de l’IA. Presque vingt ans d’archives Facebook et Instagram, potentiellement digérées par les modèles maison.
Comment remplir ce fameux formulaire
Le chemin n’a rien d’intuitif, ce qui explique sans doute pourquoi si peu de gens le connaissent. Sur l’application mobile, direction votre profil, puis les trois barres en haut à droite pour ouvrir Paramètres et activité. Descendez et appuyez sur Centre de confidentialité dans l’encart Plus d’infos et d’assistance. Dans le texte qui s’affiche, appuyez sur le lien « Opposer », puis appuyez en bas sur le bouton Envoyer, en y ajoutant éventuellement un texte explicatif.
Le formulaire lui-même est minimaliste : une adresse e-mail associée à votre compte, et un champ optionnel pour expliquer en quoi le traitement de vos données vous porte préjudice. Il suffit d’indiquer les détails sur la façon dont le traitement de vos informations vous affecte, puis de valider. Pas besoin de justificatif compliqué pour cette partie-là du dispositif, contrairement au formulaire distinct qui concerne les informations tierces déjà reprises dans une réponse générée par l’IA.
Une fois la demande envoyée, vous devriez recevoir une confirmation par e-mail. C’est un détail à ne pas négliger : gardez cette preuve, elle constitue votre seule trace tangible d’opposition si jamais un litige survient plus tard.
Ce que ce formulaire ne fait pas (et c’est là que ça coince)
Soyons honnêtes, ce formulaire n’a rien d’un bouton magique. D’abord parce qu’il n’agit que sur l’avenir. Quand la demande d’opposition est approuvée, elle s’applique généralement à la collecte future de données, mais ne supprime pas rétroactivement vos données des systèmes déjà entraînés. Vos photos publiées avant votre passage par ce formulaire ? Elles ont probablement déjà servi, et rien ne les en retirera.
Ensuite, la portée géographique change tout. Ce type d’opposition n’est possible que dans certaines régions : les utilisateurs au Royaume-Uni, dans l’UE/EEE et au Brésil peuvent soumettre une demande d’opposition ou refuser certains usages de leurs données personnelles pour l’entraînement de l’IA. Aux États-Unis, la situation est plus floue : les objections européennes et britanniques peuvent être honorées en vertu du droit de la vie privée et créer un enregistrement formel sur le compte, tandis que les utilisateurs américains ont une base légale plus faible, Meta ne garantissant pas que la demande sera honorée.
Ce système fait d’ailleurs grincer des dents du côté des défenseurs de la vie privée. L’association autrichienne noyb, connue pour ses recours contre les géants du numérique, a dénoncé l’approche choisie par Meta : pour elle, le RGPD impose de demander l’accord de l’utilisateur avant d’utiliser ses données, pas de le laisser s’en retirer après coup. Une nuance qui change tout juridiquement, puisque l’opt-out place la charge de la démarche sur l’utilisateur plutôt que sur l’entreprise.
Le deuxième réglage que presque personne ne connaît
Voilà où ça se complique encore un peu : le formulaire d’opposition et le réglage anti-Muse sont deux mécanismes totalement distincts, et il faut activer les deux pour être vraiment tranquille. Il existe une autre démarche, souvent confondue avec le réglage Muse : le formulaire d’opposition qui empêche Meta d’utiliser vos contenus pour entraîner son intelligence artificielle, une possibilité ouverte aux utilisateurs européens depuis mai 2025 au titre du RGPD, alors que le réglage Partage et réutilisation concerne la réutilisation de vos photos par d’autres personnes via Muse. Pour ce second point, direction Paramètres et activité, puis Partage et réutilisation, où deux interrupteurs distincts contrôlent respectivement vos publications et vos reels.
Un point mérite d’être gardé en tête avant de refermer l’appli, rassuré : même en cochant toutes les cases possibles, une faille technique subsiste. Rien n’empêche techniquement quelqu’un de faire une capture d’écran de votre photo pour la soumettre ailleurs, ce paramètre fermant la porte officielle de Muse, mais pas les contournements manuels. ces réglages protègent contre l’usage industriel et automatisé de vos photos par Meta, pas contre un individu isolé et déterminé à contourner le système à la main.
Sources : jeuxvideo.com | francoischarron.com