Ils n’achètent plus de PC neuf depuis que Windows 10 a perdu ses mises à jour : ce système gratuit fait revivre les machines jugées obsolètes

Face à la fin des mises à jour gratuites de Windows 10, de plus en plus de particuliers font le choix de ne pas racheter de PC neuf. Leur solution : installer Linux, un système d’exploitation gratuit qui redonne une seconde vie à des machines jugées obsolètes par Microsoft, simplement parce qu’elles ne disposent pas de la puce TPM 2.0 ou d’un processeur récent.

À retenir

  • 240 millions de PC mondiaux abandonnés par Microsoft : un désastre environnemental en attente
  • Linux fonctionne mieux sur les vieux ordinateurs que Windows 11 : comment c’est possible ?
  • La Gendarmerie française l’a fait depuis 20 ans sans que personne ne s’en aperçoive

Un cimetière numérique évité de justesse

Le chiffre donne le vertige. Environ 240 millions de PC dans le monde ne reçoivent plus de mises à jour de sécurité et ne sont plus éligibles à Windows 11. La raison tient à une poignée d’exigences techniques que Microsoft présente comme des impératifs de sécurité, mais qui excluent en réalité une majorité de machines encore parfaitement fonctionnelles. Le collectif End of 10, qui réunit associations de logiciels libres et Repair Cafés européens, a fait le calcul : près de 60 % des PC Windows actifs ne peuvent pas migrer vers Windows 11.

L’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP) a documenté le phénomène avec une capture d’écran devenue symbole : une publicité plein écran poussant à racheter un ordinateur, affichée directement sur des Lenovo et Dell qui tournent encore sous Windows 10. L’impact environnemental calculé par l’association est brutal : si les 400 millions d’ordinateurs concernés sont renouvelés, cela supposerait l’émission de plus de 70 millions de tonnes de gaz à effet de serre, et l’extraction de l’équivalent en poids de 32 000 tours Eiffel en matières premières. Pour ne rien arranger, Microsoft n’a pas vraiment aidé sa cause en communication : selon les remontées d’utilisateurs, l’entreprise conseillerait purement et simplement de mettre l’appareil au rebut plutôt que d’envisager une alternative gratuite.

Sous la pression citoyenne, notamment portée par HOP côté français, Microsoft a fini par céder un peu de terrain. Microsoft a pu confirmer l’extension des mises à jour gratuites pendant un an de Windows 10 pour les utilisateur·ices grand public, avec accès aux mises à jour gratuites jusqu’au 13 octobre 2026, à condition de se connecter régulièrement à un compte Microsoft. Une victoire, mais une victoire à durée limitée : passé ce délai, le choix redevient le même qu’avant, payer ou changer de machine. À moins de choisir la troisième voie.

Pourquoi les vieux PC tournent mieux sous Linux

Là où Windows 11 réclame un processeur récent et une puce de sécurité dédiée, les distributions Linux modernes se montrent bien moins exigeantes. Des systèmes comme Linux Mint ou Zorin OS ont d’ailleurs été pensés spécifiquement pour rassurer les habitués de Windows : menu démarrer, barre des tâches, organisation générale de l’interface, tout est calqué sur des repères familiers. Rien à voir avec l’image austère que traînait Linux il y a vingt ans, avec des lignes de commande partout et une interface repoussante pour le grand public.

Le vrai avantage, c’est la légèreté. Une distribution bien choisie permet de faire tourner sans effort un ordinateur qu’on croyait bon pour la casse. Et contrairement à l’ESU payant de Microsoft qui ne couvre que les correctifs de sécurité critiques pendant un an, Linux continue de recevoir des mises à jour sans date d’expiration, sans abonnement et sans avoir besoin de synchroniser ses données personnelles avec un compte propriétaire. Pour la bureautique, la navigation web, le mail, la visio ou le multimédia, l’expérience est aujourd’hui totalement transparente pour un usage quotidien.

Il existe même un précédent grandeur nature qui vaut toutes les démonstrations marketing : la Gendarmerie nationale. La migration a débuté en 2004 avec des logiciels libres comme OpenOffice et Firefox, avant un basculement complet vers une distribution Linux à partir de 2008. Aujourd’hui, plus de 100 000 postes tournent sous une version maison baptisée GendBuntu. Une formule est restée dans les mémoires du côté de l’institution : la bascule de dizaines de milliers de postes vers Linux y a été qualifiée de véritable non-événement, preuve que le changement de système peut se faire dans la discrétion la plus totale, sans drame ni régression pour les usages du quotidien.

Passer le cap sans être un expert en informatique

La bonne nouvelle, c’est que l’installation n’exige plus de compétences pointues. Il suffit de sauvegarder ses documents personnels, de télécharger l’image de la distribution choisie, de la copier sur une clé USB, puis de lancer l’ordinateur depuis cette clé pour suivre un assistant guidé en français. Beaucoup de distributions permettent même de tester le système en mode « live », directement depuis la clé USB, sans rien installer sur le disque dur. De quoi se faire une idée avant de sauter le pas définitivement.

Pour les moins à l’aise avec la manipulation, des associations organisent régulièrement des install parties, des ateliers gratuits où des bénévoles accompagnent le passage à Linux étape par étape. L’April, l’une des principales associations françaises de promotion du logiciel libre, a même lancé une campagne dédiée pour démocratiser ces alternatives auprès du grand public qui n’ose pas franchir le pas seul.

Reste une limite honnête à mentionner : certains logiciels professionnels très spécifiques, quelques périphériques exotiques et les jeux vidéo les plus récents peuvent poser problème, même si la couche de compatibilité Proton a réduit ce dernier point ces dernières années sur Steam. Pour un usage familial classique, la bascule ne se remarque presque pas. Et pour ceux qui hésitent encore, un chiffre mérite d’être gardé en tête : plus de deux millions de personnes utiliseraient déjà Linux au quotidien en France, sans que cela n’en fasse pour autant des experts en informatique.

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