Rien n’a disparu : ce sont deux façons de compter les octets qui s’affrontent, et ton disque neuf n’a physiquement perdu aucun gigaoctet. C’est même l’une des arnaques perçues les plus répandues du stockage informatique, alors qu’il s’agit d’une simple histoire de conversion mathématique entre le fabricant et ton système d’exploitation.
Le coupable, c’est une querelle de définitions vieille comme l’informatique elle-même. Les fabricants de disques durs utilisent le gigaoctet (Go) au sens décimal : 1 Go = 1 000 000 000 octets, tandis que Windows affiche la taille en gibioctets (Gio) : 1 Gio = 1 073 741 824 octets. Résultat, un disque de 1 To (1 000 Go) apparaît souvent comme ayant 931 Gio dans Windows. Ton disque de 1 To qui n’affiche qu’environ 931 Go, c’est très exactement ce mécanisme : dans ton cas, l’écart correspond à ces quelque 69 Go qui semblent s’évaporer entre l’emballage et l’explorateur de fichiers.
À retenir
- Une différence de définition entre fabricants et systèmes d’exploitation explique l’écart mystérieux
- Le même disque affichera des chiffres différents selon que vous le branchez sur Windows, macOS ou Linux
- Ce ratio de perte reste constant et prévisible : multipliez la capacité commerciale par 0,9313
Pourquoi personne ne triche vraiment
Les fabricants ne sont pas malhonnêtes, ils appliquent juste la norme internationale du Système international d’unités. Les constructeurs de disques appliquent les préfixes du Système international, ceux de la physique et du commerce : un kilo vaut 1 000, un méga vaut 1 000 000, un téra vaut mille milliards. C’est écrit noir sur blanc, en tout petit, sur la boîte. Windows, lui, hérite d’une vieille habitude des ingénieurs qui, travaillant en binaire, ont pris pour commodité l’habitude d’appeler « kilo-octet » le bloc de 1 024 octets, le plus proche de mille en binaire. Le souci, c’est que ce petit décalage se cumule à chaque palier (kilo, méga, giga, téra), et plus le disque est gros, plus la note grimpe.
Un disque de 128 Go perd une dizaine de gigaoctets à l’affichage, ce qui passe presque inaperçu. Mais sur un disque de 4 To, ce sont près de 275 Go qui semblent s’évaporer, de quoi faire tiquer, même en sachant que ces octets sont bien là. Le ratio est d’ailleurs constant : multipliez la capacité commerciale par 0,9313 et vous tombez sur l’affichage Windows. Une règle simple, presque un réflexe à avoir désormais avant d’acheter ton prochain disque de sauvegarde.
Le formatage grignote aussi sa part
La conversion d’unités explique l’essentiel de l’écart, mais pas tout. Une fois le disque formaté, Windows réserve encore un peu de place pour lui-même. Les partitions système (EFI, MSR, éventuellement une partition de récupération) retirent généralement de quelques centaines de mégaoctets à un peu plus d’1 Go sur un disque de démarrage, selon la version de Windows et le fabricant, ce qui ramène l’espace réellement disponible à un peu moins de 930 Go sur un disque neuf annoncé pour 1 To — le chiffre exact variant légèrement d’une configuration à l’autre. Sur un disque de sauvegarde externe qui ne sert pas à démarrer l’ordinateur, cette ponction est généralement plus légère, voire quasi nulle, mais elle explique pourquoi le chiffre final n’est jamais parfaitement rond.
Il y a aussi ce qu’on appelle le slack space, un phénomène assez sympa à connaître quand on planque des milliers de petits fichiers. NTFS n’écrit pas fichier par fichier mais cluster par cluster, avec une taille par défaut de 4 Ko, donc chaque fichier occupe un nombre entier de clusters et le dernier reste partiellement vide : cette place perdue porte le nom de slack space. Sur un film en 4K de plusieurs gigaoctets, cette perte est négligeable. Mais si tu stockes des dizaines de milliers de petits documents ou de photos compressées, l’addition peut vite grimper : cent mille fichiers de 6 Ko réclament deux clusters chacun, soit 800 000 Ko occupés pour 600 000 Ko de données utiles. Pas de quoi paniquer pour des sauvegardes classiques, mais ça vaut le coup de le savoir si tu comptes archiver une collection massive de petits fichiers.
Ce que ça change selon ton système
Le plus perturbant, c’est que le même disque physique n’affichera pas le même chiffre selon la machine à laquelle tu le branches. macOS a fait le choix inverse de Windows : macOS mesure correctement 1 Go comme un milliard d’octets, si bien que le même disque de 250 Go connecté à un Mac indiquerait qu’il dispose de 250 Go d’espace total. Sous Linux, c’est encore plus fouillis puisque macOS, l’interface graphique d’Ubuntu et les box internet affichent en base 1000, alors que les commandes Linux df -h et ls -h répondent en Gio, les deux bases cohabitant sur le même système. Autant dire que si tu branches ton disque neuf sur trois appareils différents, tu obtiendras potentiellement trois chiffres différents, tous corrects à leur manière.
Ce n’est pas une inquiétude isolée : sur les forums d’aide de Samsung, un utilisateur ayant acheté trois SSD QVO d’1 To racontait exactement le même souci, avec un espace libre de 931 Go, soit une perte ressentie de 69 Go par disque, 207 Go cumulés sur les trois. La bonne nouvelle, c’est que ce chiffre-là ne bouge jamais vraiment d’un modèle à l’autre : l’écart entre l’étiquette et l’affichage Windows tourne systématiquement autour de 6 à 7 %, quelle que soit la marque du disque.
Que faire concrètement
Rien, en fait, et c’est plutôt rassurant. Ton disque n’est ni défectueux ni tronqué, tu n’as pas à le retourner ni à chercher une hypothétique partition cachée à supprimer. Si tu veux vérifier que tout est cohérent, ouvre la Gestion des disques de Windows et compare la taille du disque physique (souvent affichée en octets ou en Go décimaux dans les propriétés matérielles) avec celle de la partition formatée : l’écart que tu observeras collera presque exactement au ratio de 0,9313 évoqué plus haut. Pour tes sauvegardes, le seul réflexe utile reste d’anticiper cette marge au moment de calculer l’espace nécessaire : un disque affiché à 1 To n’offrira jamais tout à fait mille gigaoctets utilisables, et c’est très bien comme ça, puisque ces octets manquants n’ont en réalité jamais existé ailleurs que sur l’emballage.
Sources : forums.jeuxonline.info | forums.linuxmint.com | forum.macbidouille.com