Tu actives BitLocker en cochant « chiffrer ce lecteur », tu valides les options par défaut, et tu penses avoir bouclé le sujet sécurité en trente secondes. Mais Windows vient de prendre une décision technique lourde de conséquences sans te demander ton avis : il a choisi de chiffrer ton SSD avec ton processeur plutôt qu’avec la puce dédiée intégrée à ton disque. Résultat, des tests menés par Tom’s Hardware montrent que la technologie BitLocker a un important impact sur les performances d’un PC Windows 11 Pro, pouvant ralentir jusqu’à 45 % les disques SSD. Sur un Samsung 990 Pro de 4 To, la bande passante dégringole de 21% (620,3 Mo/s à 490,6 Mo/s), et l’impact s’observe aussi du côté de la latence, qui grimpe de 43 à 53 tandis que le score global de PCMark 10 Storage passe de 3900 à 3100.
À retenir
- Une faille de sécurité découverte en 2018 a forcé Microsoft à basculer tous les SSD en chiffrement logiciel
- Le processeur gère maintenant des tâches que le contrôleur NVMe peut faire sans effort
- Il existe une solution pour vérifier et corriger ce problème en trente secondes
Le CPU fait le sale boulot à la place du SSD
Concrètement, BitLocker est la solution de chiffrement de Microsoft. En mode logiciel, il emploie le processeur pour chiffrer et déchiffrer les données sur le disque SSD pendant tous les processus d’écriture et de lecture, ce qui impacte les performances du système puisque le processeur effectue alors des tâches qui incombent normalement au SSD. Ton Core i7 dernier cri se retrouve à faire de la comptabilité cryptographique pendant que ton NVMe, capable d’encaisser des débits énormes, poireaute. C’est un peu comme demander à un chef étoilé de faire la plonge pendant que le lave-vaisselle flambant neuf reste éteint dans un coin.
Le comble, c’est que désormais la plupart des disques SSD prennent en charge le cryptage matériel, grâce auquel tous les processus de chiffrement sont gérés directement par le disque. Le contrôleur intégré au SSD a été conçu pour ça, il chiffre chaque cycle d’écriture à la volée sans surcoût. Sur un modèle qui gère ce fameux eDrive, le chiffrement matériel d’un SED est intégré au contrôleur, ce qui signifie qu’il n’y a aucun impact sur les performances du SSD, à court ou long terme, car les vitesses de lecture et d’écriture prennent déjà en compte le chiffrement à chaque cycle. la puce ne rame jamais, puisqu’elle a été pensée dès le départ pour chiffrer sans effort supplémentaire.
Pourquoi Microsoft a désactivé cette option par défaut
Là où ça devient franchement agaçant, c’est que ce choix n’est pas un bug, c’est une décision assumée. Le chiffrement matériel n’est plus utilisé par défaut par BitLocker, si bien que lorsque BitLocker est activé sur un disque à chiffrement automatique, il utilise le chiffrement logiciel pour assurer le chiffrement du disque. Ce revirement remonte à 2018, quand deux chercheurs ont mis au jour des failles béantes sur des modèles grand public. Des chercheurs ont publié une étude montrant que plusieurs SSD populaires de Crucial et Samsung présentaient de graves failles dans leurs implémentations de chiffrement matériel, certains disques permettant même de contourner entièrement le chiffrement, d’autres utilisant des clés vides ou facilement récupérables. Microsoft a alors préféré tout basculer en logiciel pour garder la main sur la sécurité, plutôt que de faire confiance aveuglément à chaque fabricant de contrôleur.
Le problème, c’est que ce choix a été fait pour tout le monde, sans distinction, y compris pour les SSD récents dont les implémentations matérielles sont aujourd’hui bien plus robustes. Et le phénomène s’aggrave avec le temps : plus ton NVMe est rapide, plus l’écart entre ce qu’il pourrait délivrer et ce que le CPU laisse passer se creuse. Certains disques sont si rapides que le processus galope pour suivre l’explosion du nombre d’opérations entrée/sortie, ce qui explique pourquoi un SSD flambant neuf semble parfois moins réactif qu’un modèle plus modeste acheté deux ans plus tôt sur une machine non chiffrée.
Comment vérifier et reprendre la main
Bonne nouvelle, diagnostiquer le problème prend trente secondes. Ouvre un terminal en administrateur et tape manage-bde -status. Regarde la ligne méthode de chiffrement : si vous voyez « XTS-AES », le cryptage logiciel est utilisé. C’est le scénario le plus fréquent sur une installation Windows 11 Pro standard.
À partir de là, deux chemins s’offrent à toi. Le premier consiste à forcer le chiffrement matériel, mais ça implique de repartir de zéro : tu peux opter pour un chiffrement matériel, mais attention, cela nécessite une nouvelle installation de Windows 11 Pro. Concrètement, il faut décocher en amont, via une stratégie de groupe, l’option qui force le repli logiciel, avant même d’activer BitLocker sur un disque vierge. Le deuxième chemin, plus radical, c’est de désactiver purement BitLocker si tu juges que le compromis sécurité/performance ne vaut pas le coup pour ton usage.
Personnellement, je trouve dommage de sacrifier autant de performances pour une fonctionnalité que beaucoup d’utilisateurs n’ont même pas explicitement demandée, elle s’active souvent toute seule à l’installation. Si tu ne stockes pas de données ultra sensibles et que tu as d’autres protections en place (mot de passe fort, compte chiffré via un cloud sécurisé), le jeu n’en vaut peut-être pas la chandelle sur un usage bureautique classique.
Microsoft a d’ailleurs fini par admettre le problème publiquement. En décembre 2025, l’entreprise a annoncé travailler sur une accélération matérielle du chiffrement pour limiter la casse, mais aucune configuration n’a ce qu’il faut actuellement, et il faudra peut-être attendre fin 2026 pour en profiter, sur un nombre très limité de configurations. En clair, la case magique qui règlerait tout d’un coup n’existe pas encore à grande échelle. En attendant, la seule option fiable reste de vérifier toi-même ta méthode de chiffrement, plutôt que de laisser Windows décider à ta place ce qui est « par défaut » bon pour ton SSD.
Sources : crucial.fr | learn.microsoft.com | crucial.com