Mon téléviseur neuf donnait un rendu bizarre à tous mes films : le jour où un installateur a ouvert le menu, j’ai compris ce qui était activé sans que je le sache

Vous venez de déballer votre nouveau téléviseur, vous lancez un film que vous adorez, et quelque chose cloche. Les acteurs semblent jouer dans un téléfilm de l’après-midi. Les décors paraissent en plastique. La scène de bataille épique ressemble à un reportage de plateau de tournage. Ce n’est pas votre imagination, et ce n’est pas non plus un défaut de fabrication. C’est une fonction activée par défaut sur votre TV, et elle s’appelle le motion smoothing, ou interpolation de mouvement, plus connue sous le nom d’effet « soap opera ».

À retenir

  • Une fonction invisible transforme vos films en donnant cet effet « soap opera » surréaliste
  • Les fabricants l’activent volontairement sans vous demander votre avis, pour des raisons commerciales
  • Tom Cruise, Scorsese et presque tout Hollywood demandent aux spectateurs de la désactiver

Le coupable : des images inventées par votre télévision

Le phénomène se produit parce que de nombreux téléviseurs modernes sont équipés d’une fonction de lissage de mouvement, qui insère des images supplémentaires entre les vraies pour réduire le flou et rendre les mouvements plus distincts. Sur le papier, c’est une idée louable. En pratique, c’est un désastre pour le cinéma.

Les films sont tournés à 24 images par seconde, tout comme de nombreuses séries télévisées. Mais les téléviseurs modernes fonctionnent la plupart du temps à 60 images par seconde, permettant une plus grande fluidité. Pour combler cet écart, le téléviseur ajoute des images artificielles dans le film pour augmenter artificiellement la fréquence d’affichage. Le résultat ? Une image trop fluide, trop nette, parfois presque artificielle, autant d’éléments qui dénaturent le rendu.

Le nom « soap opera effect » ne vient pas de nulle part. Il tire son nom de ces programmes TV tournés à 50 images par seconde au lieu des traditionnelles 25 images par seconde. Ces séries de l’après-midi ont exactement cet aspect hyper-réaliste, légèrement « cheap », que vous reconnaissez maintenant sur votre TV flambant neuve. L’effet peut aussi créer des artefacts visuels qui gâchent complètement le travail des réalisateurs, avec des parties floues et des décalages disgracieux.

Pourquoi c’est activé sans vous demander votre avis

Les ingénieurs l’ont conçu pour rendre l’image plus fluide, les vendeurs l’activent pour séduire dans les rayons, et les spectateurs, souvent, n’en soupçonnent même pas l’existence. C’est là toute la perversité du truc : ça « impressionne » sur un écran de démo dans un magasin, où défilent des images de sport ou de nature en 4K ultra-fluide. Mais sur un film de Kubrick ou un Spielberg, c’est une catastrophe esthétique.

Bon nombre de fabricants activent par défaut certains paramètres qui ont tendance à rendre l’image plus « propre » qu’elle ne devrait être, quitte à lui donner un aspect artificiel. La technologie a beau avoir été conçue pour résoudre un vrai problème technique, les écrans LCD ont des problèmes de flou de mouvement que leurs prédécesseurs CRT et plasma n’avaient pas, et lorsqu’un téléviseur LCD doit afficher des mouvements rapides, ce flou peut être excessif, obscurcissant les détails. L’interpolation était donc une réponse technique à un problème réel, mais elle a été généralisée bien au-delà de ses cas d’usage pertinents.

La fronde vient de loin. En 2018, Tom Cruise et le réalisateur de « Mission Impossible: Fallout » Christopher McQuarrie avaient publié une déclaration publique demandant aux spectateurs de désactiver ce paramètre en regardant leur film à domicile. Des réalisateurs aussi différents que Rian Johnson, Martin Scorsese et Paul Thomas Anderson ont tous publiquement exprimé leur rejet de cette technologie. Quand la quasi-totalité d’Hollywood s’accorde sur quelque chose, c’est qu’il y a un problème.

Trouver le bon réglage dans le menu de votre TV

Le vrai obstacle, c’est la cacophonie de noms commerciaux. Le nom du réglage varie selon les marques : TruMotion chez LG, MotionFlow chez Sony, Motion Plus chez Samsung, MEMC (ou Motion Enhancement) chez TCL ou Hisense. Chaque constructeur a rebaptisé la même fonction avec un nom qui sonne comme une promesse de qualité, alors que pour les films, c’est précisément l’inverse.

De manière générale, il suffit de se rendre dans les options vidéo (ou image) du téléviseur pour y avoir accès et pouvoir les désactiver. Sur la plupart des modèles récents, le chemin ressemble à : Paramètres → Image → Paramètres avancés, puis cherchez une option liée à la « fluidité », au « mouvement » ou à l' »interpolation ». Mettez-la sur zéro, ou désactivez-la complètement.

Pour les films tournés à 24 images par seconde, la désactivation est recommandée ; l’activation reste pertinente pour le sport ou les contenus à mouvements rapides. : un même téléviseur peut très bien mériter cette option pour regarder un match de foot et la laisser éteinte pour tout le reste.

Le Filmmaker Mode : la solution qui arrive (enfin) sur nos TV

L’industrie a fini par reconnaître le problème et proposer une vraie réponse. Le Filmmaker Mode, disponible sur de nombreux téléviseurs fabriqués après 2023, désactive le motion smoothing et d’autres effets qui peuvent impacter la qualité d’image, comme la réduction de bruit ou l’amélioration de la netteté. Ce mode peut même s’activer automatiquement lorsque la TV détecte du contenu compatible, que ce soit depuis un lecteur Blu-ray 4K Ultra HD ou une plateforme de streaming.

Le principe du Filmmaker Mode est simple : « ne pas nuire » à l’intention du créateur en ajoutant du motion smoothing, des réglages de couleurs inexacts, de la netteté excessive ou d’autres améliorations sur les films affichés à l’écran. De nombreux téléviseurs haut de gamme intègrent désormais ce mode, notamment chez Samsung, Panasonic, Philips, Hisense et Vizio. TCL a également rejoint ce mouvement avec ses modèles 2025.

Si votre TV est assez récente pour en disposer, activez-le manuellement une bonne fois pour toute dans les modes d’image. Les modes « Filmmaker » ou « Cinéma » désactivent automatiquement cette option dans la plupart des cas. Un détail qui change vraiment tout : regarder Oppenheimer avec le motion smoothing activé, c’est un peu comme écouter un vinyle sur une enceinte Bluetooth avec un compresseur MP3. Techniquement ça marche. Artistiquement, c’est une autre histoire.

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