« Je pensais que ma clé Wi-Fi de vingt caractères tenait toute seule » : ce qui est tombé en quelques heures, et les huit chiffres que je n’avais jamais désactivés

Vingt caractères, majuscules, chiffres, symboles. Une clé Wi-Fi qu’on pourrait croire increvable, un truc qu’aucun ordinateur de la planète ne casserait avant la fin des temps. Mais le vrai point d’entrée n’a jamais été ce mot de passe-là. C’est un petit code de huit chiffres, planqué dans un menu qu’on ne regarde jamais : le PIN du WPS, le Wi-Fi Protected Setup, activé par défaut sur des millions de routeurs et capable de réduire à néant n’importe quelle forteresse cryptographique en quelques heures.

À retenir

  • Pourquoi une clé Wi-Fi ultra-complexe peut être contournée sans jamais être cassée
  • Comment 8 chiffres se réduisent en réalité à seulement 20 000 combinaisons possibles
  • L’outil gratuit qui a rendu cette faille accessible à n’importe quel voisin curieux

Le vrai coupable, ce n’est pas la clé Wi-Fi

Le WPS a été pensé pour une bonne raison : simplifier la connexion des appareils sans avoir à retaper une phrase de passe interminable à chaque fois. Une attaque WPS cible une fonctionnalité présente sur de nombreux routeurs et points d’accès WiFi, conçue pour faciliter la connexion des appareils, généralement en appuyant sur un bouton sur le routeur et l’appareil client. Sur le papier, l’idée est plutôt maligne. Dans la pratique, c’est une porte dérobée qu’on a installée soi-même sans le savoir.

Le problème ne vient pas du bouton physique, mais de la méthode par code PIN, qui reste souvent activée en parallèle. Un attaquant à portée radio peut brute-forcer le PIN WPS d’un point d’accès vulnérable, puis obtenir les mots de passe WEP ou WPA et probablement accéder au réseau, avant de surveiller le trafic et de monter d’autres attaques. Peu importe la longueur ou la complexité de votre mot de passe Wi-Fi, une fois le PIN cassé, il est livré sur un plateau. C’est exactement ce que résume bien l’idée d’un coffre-fort dont la serrure émettrait un bip utile chaque fois que vous deviniez correctement les quatre premiers chiffres : le reste devient une formalité.

Huit chiffres, mais seulement 20 000 combinaisons

Ce qui rend l’histoire vraiment gênante, c’est la mécanique interne du protocole. Un code à huit chiffres devrait offrir cent millions de combinaisons possibles. Mais le chercheur autrichien Stefan Viehböck a mis au jour dès 2011 une faille de conception qui change complètement la donne. Le huitième chiffre du PIN s’est avéré être une somme de contrôle des sept premiers, ce qui limite déjà l’attaque à 10 millions de tentatives maximum, et le PIN est vérifié en deux étapes, permettant à un adversaire de savoir dans quelle moitié se trouve l’erreur : il peut d’abord brute-forcer la première moitié (10 000 tentatives au plus), puis la seconde (1 000 tentatives au plus).

Concrètement, on passe donc de 100 000 000 de possibilités pour réaliser une attaque brute-force à 10 000 + 10 000 soit seulement 20 000 possibilités, ce qui réduit le temps nécessaire à cette attaque. Le CERT américain a documenté ce même mécanisme dès 2012, en précisant que le design flaw permet à un attaquant de savoir quand la première moitié du PIN à 8 chiffres est correcte, ce qui réduit significativement le temps nécessaire pour brute-forcer l’ensemble du code. Résultat mesuré à l’époque par les chercheurs du SANS Institute : il faudrait environ 4 à 10 heures pour qu’un attaquant brute-force le PIN à 8 chiffres (en réalité un PIN à 7 chiffres, 4+3+1 chiffres). Une soirée Netflix suffit largement.

Et sur certains équipements, ça va encore plus vite. Une variante exploitant des générateurs de nombres aléatoires mal implémentés côté firmware permet un cracking en quelques secondes sur certains chipsets. C’est la fameuse attaque « Pixie Dust », qui ne fait même plus appel au brute-force classique : elle récupère directement les clés de chiffrement à cause d’une génération aléatoire défaillante.

Reaver, l’outil qui a démocratisé le cassage de PIN

Ce qui a transformé une faille théorique en menace bien réelle pour n’importe quel voisin curieux, c’est l’apparition d’outils clé en main. Le plus connu s’appelle Reaver. Reaver utilise une méthode d’attaque par force brute pour deviner à distance le PIN WPS et compléter le processus de configuration sans que le bouton ne soit jamais pressé, permettant à un attaquant d’obtenir les identifiants WPA du réseau. Pas besoin d’accéder physiquement à la box, pas besoin de complicité : une antenne Wi-Fi correcte et un peu de patience suffisent.

Le pire, c’est que le problème ne date pas d’hier et reste d’actualité. Cisco avait publié une alerte de sécurité dès janvier 2012 confirmant que la faiblesse du protocole affecte tous les points d’accès disposant d’un PIN statique, et peut permettre à un attaquant distant non authentifié d’utiliser des calculs par force brute pour déterminer le PIN en peu de temps. Quatorze ans plus tard, la faille structurelle n’a jamais été corrigée dans la norme elle-même, seulement contournée par des verrous logiciels que tous les constructeurs n’implémentent pas.

Ce qu’il faut vérifier ce soir, pas demain

La bonne nouvelle, c’est que le correctif ne prend que deux minutes. Direction l’interface d’administration de votre box (généralement une adresse en 192.168.x.x tapée dans un navigateur), section Wi-Fi, puis WPS. Certains fabricants séparent le bouton physique et le code PIN dans deux réglages distincts : dans ce cas, désactivez au moins le WPS par code PIN sur cette page si cette option est présente. Sur d’autres modèles, c’est tout ou rien, mais l’objectif reste identique.

Un détail mérite d’être signalé, parce qu’il piège pas mal de monde : certains routeurs affichent le WPS comme désactivé dans leur interface web alors qu’il reste actif en coulisses. Le CISA le notait déjà dans son alerte officielle, précisant que certains points d’accès peuvent ne pas réellement désactiver le WPS alors que l’interface de gestion web indique qu’il est désactivé. La seule façon d’en avoir le cœur net, c’est de scanner son propre réseau avec un outil comme Wash (qui accompagne Reaver) pour vérifier si le WPS répond encore aux sollicitations. Votre clé de vingt caractères mérite mieux que de servir de décoration.

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