Le bouton du Linky, tout le monde l’a ignoré pendant des mois. Ce petit bouton « + », planqué sous l’écran verdâtre de votre compteur, cache pourtant une fonctionnalité franchement utile : afficher en temps réel la puissance électrique que votre logement est en train d’avaler. Pas la consommation totale depuis l’installation, pas un graphique sur votre smartphone, la puissance, maintenant, à cet instant précis.
C’est là que ça devient intéressant. Parce que quand on appuie dessus pour la première fois et qu’on voit un chiffre qui dépasse les 3 000 VA à 22h alors qu’on est persuadé que tout est éteint, on comprend qu’on avait un angle mort sur sa propre maison depuis des années.
À retenir
- Un simple bouton sur votre compteur révèle la puissance instantanée que vous consommez en ce moment même
- Les appareils qu’on croyait éteints consomment bien plus qu’on l’imagine, même en veille
- Trois méthodes gratuites permettent de traquer les appareils énergivores sans application payante
Ce que le bouton affiche vraiment (et comment le lire sans se planter)
En appuyant plusieurs fois sur le bouton « + », on accède successivement à diverses données : le numéro de point de livraison (PDL), l’option tarifaire, la puissance souscrite, puis la puissance apparente instantanée. C’est cette dernière information qui nous intéresse. Elle s’affiche en VA (voltampères) ou parfois en kVA, selon la puissance mesurée.
Petit piège classique à éviter : la puissance affichée par Linky est une puissance apparente (en VA) et non une puissance active (en W). Concrètement, ça veut dire qu’on ne peut pas directement multiplier le chiffre affiché par le prix du kWh. Mais pour une utilisation domestique simple, 1 VA équivaut approximativement à 1 W dans un contexte domestique standard. Donc si l’écran affiche 3 500 VA, vous consommez environ 3,5 kW à cet instant. Simple.
La méthode pour traquer un appareil énergivore est rudimentaire mais redoutablement efficace. Cette vérification manuelle s’avère particulièrement utile lorsque vous testez l’impact d’un appareil spécifique : relevez la consommation avant et après l’allumage d’un équipement pour mesurer sa contribution exacte. Branchez l’appareil suspect, allez lire le compteur, débranchez-le, relisez. La différence, c’est exactement ce qu’il consomme. Aucune app nécessaire. Aucun abonnement.
Au-delà de la puissance instantanée, le bouton donne aussi accès à la puissance maximale atteinte dans la journée. Cette valeur indique la puissance maximale atteinte dans la journée. La comparer avec la puissance d’abonnement permet de savoir si celle-ci répond aux besoins réels du logement. La puissance maximale est exprimée en voltampères (VA). Utile pour savoir si votre abonnement en kVA est vraiment adapté, ou si vous payez pour une puissance que vous n’utilisez jamais.
Les grands coupables : qui plombe vraiment la facture ?
Une fois armé de la méthode, on passe naturellement en mode détective. Et les résultats sont souvent surprenants. Contrairement à l’intuition, ce ne sont pas forcément les appareils qu’on allume consciemment qui font le plus de dégâts.
Le chauffe-eau électrique est le plus énergivore, avec environ 3 942 kWh par an. Ce n’est pas spectaculaire sur le compteur Linky à un instant T, parce qu’il chauffe par cycles, mais sur une année entière, c’est colossal. En France, le chauffe-eau électrique représente à lui seul environ 15 % de la facture d’électricité. Si vous avez un abonnement heures pleines/heures creuses, le simple fait de programmer la chauffe sur les heures creuses est probablement l’action la plus rentable que vous puissiez faire en dix minutes.
Le chauffage représente 27,6 % des usages électriques selon RTE, et l’eau chaude sanitaire 12,8 %. Ensemble, ils représentent plus de 40 % de la facture d’un foyer tout électrique. En hiver, brancher un radiateur électrique d’appoint et regarder grimper le chiffre sur le Linky est une expérience quasi thérapeutique, on comprend enfin pourquoi janvier est si douloureux.
Viennent ensuite des suspects moins évidents. Avec une consommation annuelle estimée à 346 kWh par l’ADEME, le réfrigérateur combiné est le plus énergivore de la maison hors chauffage. Fonctionnant 24h/24 et 7j/7, son usage représente un coût annuel d’environ 59 € sur la facture d’électricité. Imperceptible sur le compteur instantané, dévastateur sur l’année. Un vieux frigo de plus de dix ans mal dégivré peut consommer bien au-delà de ça. Une couche de givre de quelques millimètres suffit à faire grimper la consommation du congélateur de 30 %.
Le sèche-linge, lui, ne se cache pas. Branchez-le et regardez le Linky : la puissance apparente fait un bond immédiat. Le sèche-linge occupe la 4e position du classement des appareils électriques consommant le plus d’électricité sur une année. Il serait responsable en moyenne d’une consommation annuelle estimée à 301 kWh, soit 52 €.
La veille : le fantôme qui grignote en silence
C’est le résultat le plus déstabilisant quand on fait le test à 2h du matin, tous les gros appareils « éteints ». Le chiffre sur le Linky ne descend jamais à zéro. D’après l’ADEME, un ménage a entre 40 et 50 équipements en veille, ce qui peut coûter plus de 80 € par an.
Toujours selon l’ADEME, les appareils qui consomment le plus en veille sont les équipements audiovisuels (télévision, décodeur TV, enceintes et chaînes hi-fi, consoles de jeu) et informatiques (ordinateurs, box internet), le petit électroménager (micro-ondes, cafetière) et les appareils de cuisson. La box internet, notamment, tourne 24h/24 sans jamais être questionnée, et elle consomme en permanence. Débrancher les veilles permet d’économiser 10 % sur la facture annuelle. Pas négligeable.
Un détail à retenir quand même : ne débranchez pas le lave-linge ni le lave-vaisselle, car leur veille détecte les fuites d’eau. C’est une de ces exceptions qui change tout si on l’ignore.
Aller plus loin que le bouton
Le bouton du Linky est un excellent point de départ, mais il reste limité : on voit la puissance globale du logement, pas appareil par appareil. Pour aller plus loin, trois méthodes principales permettent de consulter ces données : directement sur l’écran du compteur, via l’espace client Enedis, ou par le biais d’applications tierces compatibles.
L’onglet « Suivre ma consommation » de l’espace client Enedis donne accès à la consommation par mois, par jour ou par heure. C’est là que les choses deviennent vraiment parlantes : on voit les pics, les creux, les nuits qui ne descendent jamais assez bas. L’espace client conserve un historique de 36 mois, offrant une vision à long terme de la consommation énergétique. Trois ans d’historique gratuit, sans rien faire de spécial, la plupart des gens ne le savent pas.
Pour les curieux qui veulent aller encore plus loin, il existe la prise TIC (Télé-Information Client) du Linky. Le compteur dispose d’une sortie télé-information client accessible via deux borniers situés sous le capot. Des modules compatibles permettent d’afficher la consommation en temps réel sur une application dédiée, avec des courbes et des alertes paramétrables. Le coût de ces équipements varie entre 50 et 200 € selon les fonctionnalités proposées. C’est le niveau supérieur, celui des gens qui veulent vraiment comprendre leur installation, pas juste jeter un œil au compteur entre deux épisodes de série.
Ce qui frappe finalement dans toute cette démarche, c’est que l’information était là depuis le début, sur un boîtier vert qu’on croisait sans jamais lui adresser la parole. En 2026, environ 94,5 % des foyers français sont équipés d’un Linky, ce qui fait de ce bouton + l’un des outils de maîtrise énergétique les plus diffusés du pays. Et pourtant, une grande majorité d’entre nous n’y a jamais touché. La fonctionnalité d’alerte de l’espace client Enedis permet même de recevoir un SMS ou un e-mail quand la consommation dépasse un seuil personnalisé : un filet de sécurité pratique si un appareil part en vrille ou reste allumé par inadvertance.
Sources : camernews.com | agirpourlatransition.ademe.fr