Vingt-quatre euros pour un pack de cartouches compatibles censé couvrir toute une année scolaire, et trois semaines plus tard, l’imprimante affiche fièrement « cartouche non reconnue ». Ce n’est pas un hasard, ni forcément un défaut de fabrication des cartouches : c’est très souvent le résultat d’une mise à jour de firmware envoyée par le constructeur, qui vient rendre inopérants des consommables qui fonctionnaient parfaitement la veille.
À retenir
- Pourquoi votre imprimante refuse soudainement les cartouches qui marchaient la veille
- Le rôle caché des mises à jour de firmware dans le blocage des consommables tiers
- Les solutions concrètes pour retrouver l’accès à votre imprimante
Le coupable, c’est (presque toujours) le firmware
Le mécanisme est bien documenté depuis des années. C’est exactement ce qui se produit avec certaines cartouches compatibles ou rechargées, qui se retrouvent soudainement bloquées après une mise à jour automatique de l’imprimante. La puce électronique de la cartouche dialogue avec l’imprimante à chaque impression, et le firmware compare la signature de la puce à une « liste blanche » de puces d’origine ; si la signature ne correspond pas, l’impression est refusée.
Le cas le plus emblématique reste HP. Le message cartouche non reconnue HP apparaît principalement à cause du système de protection intégré par HP depuis 2016, une technologie appelée Dynamic Security qui bloque automatiquement les cartouches compatibles ou remanufacturées pour forcer l’achat de cartouches d’origine. L’épisode le plus retentissant remonte à 2017 : un revendeur néerlandais avait reçu en une seule journée des centaines de signalements d’utilisateurs dont l’imprimante s’était brutalement mise à rejeter leurs cartouches compatibles. Le revendeur suspecte alors HP d’avoir programmé une date à laquelle les cartouches compatibles entraîneraient des messages d’erreur, une hypothèse renforcée par la réponse de HP, qui indiquait aux clients que le problème venait sans doute des cartouches avant d’admettre finalement un souci de firmware.
Ce n’est pas propre à HP, même si la marque a la réputation la plus sulfureuse sur ce terrain. Chaque constructeur a sa propre philosophie. Canon affiche généralement des messages d’avertissement mais permet de continuer l’impression en validant le message, tandis qu’Epson utilise des systèmes de reconnaissance des cartouches mais bloque rarement complètement l’impression, les modèles EcoTank à réservoirs offrant plus de flexibilité. Brother, longtemps épargnée, a fini par rejoindre le mouvement : des rapports récents indiquent que la marque a rejoint la liste des constructeurs verrouillant les cartouches tierces via des mises à jour de firmware forcées, avec des utilisateurs signalant des refus d’impression après mise à jour.
Une pratique qui a fini devant la justice
L’affaire n’a pas échappé aux associations de consommateurs. En France, l’association Halte à l’Obsolescence Programmée a tapé du poing sur la table dès 2017. L’association a déposé une plainte en septembre contre les principaux acteurs du marché de l’imprimante, HP, Canon, Brother et en particulier Epson, leader en France, pour dénoncer leurs pratiques. Le procédé dénoncé va au-delà du simple verrouillage logiciel : les constructeurs ont progressivement implémenté des restrictions allant des dates limites d’utilisation de cartouches non nécessaires aux protections DRM et aux mises à jour de firmware bloquant l’usage de cartouches « non officielles ».
Le raisonnement économique derrière tout ça n’a rien de mystérieux. Sur un forum de l’UFC-Que Choisir, un utilisateur résume la mécanique en une formule qui claque : les fabricants ne gagnent strictement rien sur les imprimantes grand public, tout le business repose sur les cartouches, un rectangle en plastique avec une puce et de l’encre vendu trente euros avec des marges absolument titanesques. Ce modèle économique explique pourquoi le modèle économique des fabricants d’imprimantes repose largement sur la vente des consommables, bien plus que sur celle de la machine, et qu’en limitant l’usage des cartouches tierces, le constructeur protège ses marges.
Ce que dit vraiment la loi (et pourquoi la garantie n’est pas en jeu)
Bonne nouvelle au milieu de cette frustration : utiliser des cartouches compatibles n’annule pas votre garantie constructeur, contrairement à une idée largement répandue. Le cadre juridique est clair : la directive européenne 93/13/CEE du Conseil du 5 avril 1993 concernant les clauses abusives dans les contrats conclus avec les consommateurs établit qu’un fabricant ne peut pas imposer l’utilisation exclusive de ses propres consommables sous peine d’annuler la garantie. Un vendeur ou un service après-vente qui refuse une prise en charge au seul motif que vous n’utilisez pas ses cartouches est donc en tort. Ça ne rend pas pour autant l’imprimante fonctionnelle du jour au lendemain, mais ça vaut le coup de le rappeler poliment (et fermement) si on vous oppose cet argument au téléphone.
Comment reprendre la main sur votre imprimante
Le premier réflexe, avant même d’acheter le moindre pack de cartouches, c’est de couper les mises à jour automatiques. C’est contre-intuitif, on a l’habitude de tout mettre à jour par principe de sécurité, mais ici la mise à jour est justement le vecteur du blocage. Désactivez les mises à jour automatiques du firmware de votre imprimante, effectuez-les manuellement et renseignez-vous avant chaque mise à jour sur ses conséquences potentielles.
Si le mal est déjà fait, tout n’est pas perdu. Quelques pistes concrètes à tester dans l’ordre : nettoyer les contacts dorés de la puce avec un chiffon sec (la poussière ou une trace de doigt suffit parfois à provoquer une fausse alerte), réinsérer la cartouche en s’assurant qu’elle est bien enclenchée, redémarrer complètement l’appareil en le débranchant une minute, et en dernier recours tenter une réinitialisation aux paramètres d’usine. Si une mise à jour récente a déjà été installée, il est parfois possible de revenir à une version précédente du firmware en réinitialisant les paramètres d’usine.
Pour l’achat lui-même, mieux vaut éviter le premier lot à bas prix venu sur une marketplace inconnue. Les fournisseurs sérieux de cartouches compatibles suivent les évolutions des constructeurs et adaptent leurs puces en conséquence, ce qui limite fortement le risque de blocage après coup. Un dernier détail à connaître : contrairement à une idée reçue, une cartouche compatible de qualité n’abîme pas la mécanique de l’imprimante, le vrai risque de casse venant plutôt des modèles bas de gamme sans marque dont la puce ou l’encre sont mal calibrées face aux exigences toujours plus pointues des firmwares récents.
Sources : developpez.com | forum.quechoisir.org