J’ai résilié ma ligne mobile sans prévenir mes comptes en ligne juste pour économiser dix-neuf euros par mois : quatre mois plus tard, mes codes arrivaient chez un inconnu

Dix-neuf euros par mois, ça fait environ deux cent vingt-huit euros par an. De quoi motiver n’importe qui à changer d’opérateur ou à simplement couper sa ligne devenue inutile. Le problème, c’est que résilier un numéro mobile sans faire le ménage dans ses comptes en ligne revient à laisser une porte d’entrée grande ouverte sur sa vie numérique, et cette porte, quelqu’un d’autre finit toujours par la trouver.

À retenir

  • Un numéro résilié n’est jamais vraiment supprimé et peut être réattribué à quelqu’un d’autre en quelques mois
  • Les numéros recyclés restent liés à vos anciens comptes et permettent au nouveau propriétaire de les pirater
  • Trois gestes simples suffisent pour éviter ce cauchemar numérique avant de couper votre ligne

Un numéro résilié ne meurt jamais vraiment

Quand on résilie une ligne mobile en France, le numéro ne disparaît pas dans le vide. Il entre dans une sorte de purgatoire administratif avant de pouvoir être attribué à quelqu’un d’autre. Selon les règles fixées par l’Arcep, ce délai de réaffectation ne peut être inférieur à quarante-cinq jours, et l’Autorité estime raisonnable qu’il soit compris entre quarante-cinq et cent vingt jours à compter de la date de résiliation. Passé ce délai, un opérateur peut parfaitement redonner ce numéro à un nouveau client. Ce nouveau client, lui, n’a évidemment aucune idée que ce numéro appartenait quatre mois plus tôt à quelqu’un d’autre et qu’il reste rattaché à une dizaine de comptes en ligne.

C’est exactement ce qui se joue dans l’histoire qui a servi de point de départ à cet article. Une ligne coupée pour économiser sur la facture, aucune mise à jour des paramètres de sécurité sur les comptes bancaires, les réseaux sociaux ou les boîtes mail, et quatre mois plus tard, ce numéro recyclé se retrouve entre les mains d’un inconnu qui commence à recevoir des SMS contenant des codes de vérification. Pas besoin d’être un génie du piratage pour comprendre ce que ça permet de faire ensuite.

Pourquoi le SMS reste un talon d’Achille

L’authentification par SMS a longtemps été présentée comme la solution simple pour sécuriser un compte. Elle repose sur un principe fragile : celui qui possède le numéro possède la clé. Les numéros de téléphone portable sont particulièrement précieux pour les escrocs car ils servent à identifier les individus lors de la connexion, et un voleur n’a besoin que du numéro pour réinitialiser un mot de passe via l’authentification à deux facteurs basée sur les codes SMS. un simple changement de carte SIM chez le nouvel abonné peut donner accès à des comptes que l’ancien propriétaire croyait avoir laissés derrière lui depuis longtemps.

Le plus inquiétant, c’est l’ampleur du phénomène. Une étude a montré que 66 % des numéros de téléphone échantillonnés restaient liés d’une manière ou d’une autre au propriétaire précédent, que ce soit via des comptes de réseaux sociaux, des abonnements ou même des factures. Et certains services ne facilitent pas les choses. Certains services comme WhatsApp suppriment automatiquement les comptes après 120 jours d’inactivité, mais beaucoup d’autres n’utilisent pas cet indicateur, ce qui expose les anciens propriétaires à des risques. Résultat : le nouveau détenteur du numéro peut se retrouver, sans même le chercher, avec accès à des services dont il ignore l’existence.

Le pire scénario n’est pas forcément l’inconnu bienveillant qui ignore la mine d’or qu’il a entre les mains. C’est celui qui sait exactement ce qu’il fait. Une fois un numéro recyclé, le nouveau propriétaire peut se faire passer pour l’ancien utilisateur et pirater des comptes via les options de récupération par SMS, et les cybercriminels recherchent activement ces numéros en les comparant à des bases de données divulguées. Des blocs entiers de numéros consécutifs finissent par être testés systématiquement, un peu comme on essaierait toutes les combinaisons d’un cadenas à trois chiffres, sauf qu’ici la combinaison correspond potentiellement à un compte bancaire.

La portabilité, une roue de secours souvent ignorée

Il existe pourtant un mécanisme qui aurait pu éviter ce genre de mésaventure : la portabilité du numéro. Beaucoup de gens résilient directement leur ligne alors qu’il suffirait de demander le transfert vers un nouvel opérateur pour garder le même numéro, sans interruption réelle du service. L’Arcep rappelle d’ailleurs que l’abonné ne doit pas faire de demande de résiliation auprès de l’opérateur qu’il souhaite quitter, c’est le nouvel opérateur qui s’occupe de tout. Et même après une résiliation classique, il reste une fenêtre de rattrapage : l’Arcep a étendu le principe de quarantaine, un délai de 40 jours durant lequel un numéro résilié peut encore être porté vers un nouvel opérateur, ce qui permet de conserver son numéro en demandant la réactivation de sa ligne pendant cette période.

Autant dire que la plupart des gens n’ont jamais entendu parler de cette option. On coupe la ligne, on encaisse les dix-neuf euros économisés, et on passe à autre chose sans se poser la question de ce qui arrive au numéro. Ce genre d’oubli coûte parfois beaucoup plus cher que ce qu’il permet d’économiser.

Ce qu’il faut faire avant de couper la ligne

La bonne nouvelle, c’est que la parade tient en trois réflexes simples. D’abord, dresser la liste de tous les services liés à ce numéro (banques, mails, réseaux sociaux, applications de messagerie) et basculer leur double authentification vers une application dédiée ou une adresse mail plutôt qu’un SMS. Ensuite, mettre à jour ce numéro partout où c’est encore possible, même sur des comptes qu’on utilise peu. Enfin, si le numéro compte vraiment, privilégier la portabilité plutôt que la résiliation pure, histoire de garder la main dessus plus longtemps.

Un détail mérite d’être connu : ce délai de réaffectation de 45 à 120 jours ne s’applique qu’aux résiliations à l’initiative de l’opérateur, par exemple pour impayés. Rien n’empêche un opérateur de fixer un délai plus court côté client dans ses propres conditions générales, ce qui veut dire que dans certains cas, votre ancien numéro peut circuler bien plus vite que vous ne l’imaginez. Un bon réflexe : vérifier ce délai précis auprès de son opérateur avant de couper quoi que ce soit, plutôt que de le découvrir quatre mois trop tard.

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