Fini la facture à 180 € après une traversée en ferry : ce réglage de dix secondes avant l’embarquement coupe l’antenne du bord

Ta facture explose après une traversée en ferry entre la Corse et le continent, et le coupable n’est même pas ton forfait Netflix en 4G. C’est ton téléphone qui, sans te demander ton avis, a basculé sur le réseau satellite du bateau dès que la côte a disparu à l’horizon. La parade tient en un geste : couper les données mobiles ou activer le mode avion avant même de monter à bord. Dix secondes, littéralement, pour éviter de payer le prix fort pour avoir juste checké ses mails.

À retenir

  • Pourquoi votre téléphone vous coûte soudainement 9,70 € par mégaoctet en pleine mer
  • Comment des passagers ont vu leur facture passer de 14,90 € à 147 € pour une simple traversée
  • Le geste de dix secondes que les compagnies maritimes elles-mêmes recommandent mais peu de voyageurs connaissent

Pourquoi ton téléphone te trahit en pleine mer

Le mécanisme est presque sournois. Dès que le navire s’éloigne suffisamment de la côte, ton smartphone perd le contact avec les antennes terrestres classiques et va chercher ailleurs. Si vous prenez un ferry équipé d’un réseau maritime avec lequel votre opérateur a un partenariat, votre connexion va automatiquement basculer sur ce réseau si le bateau est au-delà de 2 milles marins des côtes, c’est-à-dire 3,7 kilomètres. Concrètement, ton opérateur habituel laisse la main à un système de bord qui repose sur une liaison satellite : les compagnies maritimes peuvent émettre à bord de leurs bateaux un réseau mobile, appelé réseau maritime, s’appuyant sur une connexion satellitaire, sans que cela ne soit gratuit.

Ce fonctionnement n’a rien d’un bug. Dès que le ferry s’éloigne des côtes, le smartphone se déconnecte automatiquement des antennes mobiles terrestres pour se reconnecter à un réseau propre au bateau, comme le prévoit une décision de la Commission européenne de 2010 (no 2010/166), un texte qui visait avant tout à harmoniser l’usage des fréquences à bord des navires européens. Le hic, c’est que ce cadre technique n’a jamais eu vocation à protéger ton portefeuille.

Le vrai piège se niche dans un détail que peu de gens connaissent : la fin du roaming payant en Europe, entrée en vigueur en 2017, ne s’applique tout simplement pas ici. Les règles européennes de roaming ne s’appliquent que lorsque le téléphone est connecté à des réseaux mobiles terrestres, et le plafond tarifaire imposé par l’UE ne s’applique pas si vous utilisez votre téléphone à bord via la connexion satellite du ferry. ton forfait tout compris qui te protège en Espagne ou en Allemagne devient totalement inutile à 4 kilomètres d’une plage corse.

Des additions qui piquent vraiment

Les chiffres qui circulent donnent le vertige. Un abonné rapporté par Que Choisir a vu sa facture passer de 14,90 € à 147 € après une simple traversée, à cause de « une dizaine de communications WAP/WEB depuis le réseau maritime et aérien », et notamment deux d’entre elles, facturées respectivement 44 € et 55 € TTC. Le passager en question n’avait pourtant rien fait d’extravagant : il se souvenait avoir utilisé son smartphone au cours des traversées, mais assurait n’avoir fait que vérifier ses courriels et consulter son profil Facebook.

Un autre témoignage, glané sur un forum de voyageurs, illustre bien la brutalité du tarif au mégaoctet : un SMS d’opérateur annonçait des conditions à donner froid dans le dos, avec des appels facturés 3€TTC la minute, des SMS à 0,38€ et surtout de la data à 9,70€TTC le mégaoctet. À ce prix-là, une simple mise à jour d’application en arrière-plan peut coûter plus cher qu’un plein d’essence. Une autre expérience raconte comment un téléphone non désactivé assez tôt a eu le temps de télécharger 3 à 4 Mo de données, facturés 15€ le Mo, soit environ 45 à 60 euros pour quelques notifications passées inaperçues.

Le plus frustrant, c’est que la technologie qui permettrait d’éviter tout ça existe côté opérateur. Orange certifie pouvoir techniquement, grâce à un système de relais, assurer la continuité de son réseau de la Côte d’Azur à la Corse, mais cette pratique reste interdite. Le cadre réglementaire de 2010 impose de laisser la place au réseau maritime dédié, même quand une alternative moins chère existerait techniquement.

Le réflexe des dix secondes qui change tout

La parade est d’une simplicité presque déconcertante. Les compagnies elles-mêmes le rappellent noir sur blanc dans leurs conditions : les clients qui ne souhaitent pas profiter de ce service peuvent désactiver l’itinérance ou activer le mode avion dans les réglages de leur téléphone. Le geste doit intervenir avant que le bateau ne s’éloigne des côtes, idéalement dès l’embarquement, pour ne laisser aucune fenêtre de tir à une connexion automatique intempestive.

Free Mobile, confronté à de multiples réclamations de ses abonnés, insiste sur ce même réflexe préventif : la solution la plus simple et la plus efficace est d’activer le mode avion dès que l’on monte à bord du bateau, un geste qui coupe toutes les connexions cellulaires et empêche le téléphone de se connecter automatiquement au réseau satellitaire coûteux. L’astuce ne se limite pas au ferry d’ailleurs : le même phénomène guette en croisière ou près de certaines frontières hors UE, où le smartphone peut basculer sur un réseau maritime ou satellite quand les antennes terrestres se font rares, des réseaux qui échappent au principe du roaming gratuit en Europe et dont les tarifs peuvent grimper à plusieurs euros par mégaoctet.

Une fois le mode avion activé, rien n’empêche de profiter du wifi du bord si la compagnie en propose un, moyennant un forfait payant mais prévisible cette fois. La bascule est d’ailleurs assez universelle d’une compagnie à l’autre : une fois en mer, il suffit d’activer le mode avion, puis de réactiver uniquement le wifi et de chercher le réseau du navire dans la liste des réseaux disponibles. Un détail à ne pas négliger cependant : certains téléphones renvoient un SMS d’alerte dès la connexion au réseau maritime, comme cela a été le cas pour un abonné Sosh qui reconnaissait avoir reçu un long SMS qu’il n’a pas pris le temps de lire, pensant à une connexion inopinée au réseau italien. Ce texto mérite pourtant d’être lu en entier, il indique généralement le tarif exact appliqué minute par minute et mégaoctet par mégaoctet, la dernière chance de réagir avant que le compteur ne s’emballe pour de bon.

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