Un covoiturage jusqu’à la côte, un bouton « Partage de position » activé pour rassurer le conducteur inconnu qui me véhiculait, et puis plus rien. L’appli refermée, le trajet oublié, les vacances qui filent. Direction retour en septembre, ouverture de Google Maps par réflexe pour vérifier un itinéraire, et là, la découverte : le partage tournait encore. Depuis juillet. Tout l’été. Trop tard pour faire semblant que ce n’était pas grave.
À retenir
- Comment un clic innocent sur ‘partage jusqu’à désactivation’ peut transformer votre été en surveillance continue
- Deux mois de données de localisation : ce qu’un quasi-inconnu peut vraiment apprendre de vous
- Les gestes simples que personne ne fait mais que tout le monde devrait vérifier chaque mois
Le piège du « jusqu’à la désactivation »
Le problème ne vient pas d’un bug. Il vient d’un choix que j’ai fait sans y prêter attention, coincé sur la banquette arrière avec mon sac de plage sur les genoux. Quand on partage sa position depuis Google Maps avec un contact qui a un compte Google, l’application propose plusieurs options de durée, et l’une d’elles n’a tout simplement pas de limite. Par défaut, le partage dure une heure, et cette option suffit pour la plupart des cas, mais on peut aussi opter pour « jusqu’à la désactivation » si l’on souhaite suivre quelqu’un en continu. J’ai dû appuyer sur ce bouton sans lire, pressé de rassurer un inconnu croisé sur une appli de covoiturage.
Ce qui m’a surpris en creusant le sujet, c’est que ce mode illimité n’existe que dans un cas de figure précis. Si le partage se fait via un simple lien envoyé par SMS ou message à quelqu’un qui n’a pas de compte Google associé, la règle change radicalement : la position en temps réel peut alors être partagée avec les personnes qui disposent de ce lien pendant 24 heures maximum. deux logiques cohabitent dans la même fonctionnalité, et il suffit de choisir la mauvaise case au mauvais moment pour se retrouver pisté sans date de fin. Un site spécialisé dans les tutoriels Google Maps confirme d’ailleurs cette fourchette large : la durée de partage peut aller de 15 minutes à 24 heures, ou bien « jusqu’à la désactivation » de l’option.
Ce que deux mois de position partagée racontent de vous
Deux mois, ça paraît anodin sur le papier. En réalité, c’est un flux continu de données qui dessine un portrait bien plus précis qu’on ne l’imagine. La CNIL le rappelle sans détour : vos déplacements en disent long sur vous, ils révèlent vos habitudes de domicile, de travail, de sorties, mais aussi vos centres d’intérêt, vos fréquentations et parfois même des données sensibles comme la fréquentation de lieux de culte ou un séjour à l’hôpital. Dans mon cas, ça voulait dire mon appartement, ma salle de sport, le bar où je retrouve mes potes le jeudi, et deux semaines de vacances dans un mobil-home que je préférerais garder pour moi.
Le conducteur du covoiturage n’avait probablement rien fait de malveillant avec cette information. C’est justement ce qui rend la situation inconfortable : on ne sait jamais vraiment. L’organisme de protection des données va plus loin en pointant un usage bien plus sombre de cette même fonctionnalité, rappelant que le partage de localisation peut aussi être détourné dans un contexte de contrôle ou de violences au sein du couple. Une fonction pensée pour rassurer devient, entre de mauvaises mains ou par simple négligence, un outil de surveillance permanente. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’appli ne vous alerte pas spontanément tous les jours que « hé, ça fait six semaines que quelqu’un vous voit bouger en temps réel ».
Le réflexe à prendre avant, pendant, après
Depuis cette mésaventure, j’ai changé une habitude toute bête : je ne partage plus jamais ma position « jusqu’à la désactivation » pour un trajet ponctuel. Une heure, deux heures, le temps du covoiturage et pas une minute de plus. La CNIL propose d’ailleurs une liste de bons réflexes assez simple à retenir, à commencer par prévenir la personne avant de partager et vérifier régulièrement qui a encore accès à votre position. La CNIL propose 9 conseils simples pour protéger votre vie privée, dont « parlez-en avant de partager ».
Concrètement, sur smartphone, il suffit d’ouvrir Google Maps, de taper sur sa photo de profil, puis sur « Partage de position » pour voir la liste de toutes les personnes qui vous suivent actuellement, et couper chaque partage individuellement d’un simple appui. Je fais désormais ce contrôle une fois par mois, un peu comme on vérifie le solde de son compte en banque : ça prend dix secondes et ça évite les mauvaises surprises. Petit détail qui a son importance si vous partagez régulièrement votre trajet avec des mineurs ou que vous en êtes un vous-même : si les systèmes de Google indiquent que vous êtes susceptible d’avoir moins de 18 ans, il devient impossible de partager sa position pendant plus de 24 heures, une limite qui n’existe pas pour les comptes adultes.
Ce que peu de gens savent, c’est que l’historique de vos partages ne s’efface pas forcément avec l’arrêt du partage en temps réel. Le point de vigilance à garder en tête n’est donc pas seulement « qui peut me voir maintenant », mais « qui a pu me voir ces dernières semaines et pendant combien de temps j’ai laissé la porte ouverte sans m’en rendre compte ». Un simple covoiturage vers la côte peut, sans mauvaise intention de personne, se transformer en carte de tous vos déplacements estivaux consultable par un quasi-inconnu. La prochaine fois que vous montez dans la voiture de quelqu’un que vous ne connaissez pas, réglez le minuteur avant de fermer les yeux sur la banquette.
Sources : support.google.com | support.google.com