Mon voisin a effacé Windows de sa console ROG Ally et ce n’est pas par nostalgie du Steam Deck

Windows a disparu de la ROG Ally de mon voisin le week-end dernier, et non, il ne pleure pas son Steam Deck qu’il n’a d’ailleurs jamais possédé. Il a simplement fait ce que des milliers de possesseurs de consoles portables PC font en ce moment : effacer purement et simplement l’OS de Microsoft pour le remplacer par SteamOS ou son cousin communautaire Bazzite. Et franchement, en creusant le sujet pour cet article, j’ai failli faire pareil sur ma propre machine.

Le déclic technique remonte à cet été. SteamOS n’est plus réservé au Steam Deck : depuis le déploiement stable de la branche 3.8, le 18 juin 2026, Valve autorise officiellement l’installation de son système sur l’ASUS ROG Ally, la Lenovo Legion Go et le MSI Claw. ce qui relevait du bricolage de forums il y a deux ans est devenu une manip presque grand public. Mon voisin n’a pas eu besoin d’être un expert Linux, juste patient : il faut compter environ 60 minutes, une clé USB de 8 Go minimum et un peu de patience pour le partitionnement du disque.

À retenir

  • Windows sur console portable, c’est comme forcer un système d’exploitation de bureau dans une poche
  • Les performances sous Linux surpassent Windows de 32% en FPS sur la même machine
  • Bazzite et SteamOS divisent la communauté, mais l’une offre plus de flexibilité matérielle que l’autre

Pourquoi Windows agace autant sur une console portable

Le problème n’a jamais été Windows en soi, c’est un excellent système sur un PC de bureau. Le souci, c’est qu’on lui demande de tenir dans la poche d’un joystick avec un écran de 7 pouces. Windows 11 n’a jamais été pensé autour d’un joystick et de deux gâchettes, et ça se voit : les popups de mise à jour volent le focus en pleine partie, les services en arrière-plan grignotent la batterie, et le menu Démarrer est une expérience franchement ratée à bout de bras sur un petit écran.

Le vrai chiffre qui a convaincu mon voisin, c’est celui du réveil de veille. Sur Windows, une console met parfois quinze à trente secondes à se réveiller, le temps que tous les services se remettent en route. Sur un OS pensé nativement pour le jeu, SteamOS et Bazzite bootent tous deux dans une interface façon Big Picture par défaut, et suspendent/reprennent en quelques secondes au lieu du réveil de 15 à 30 secondes courant sur les machines Windows. Ajoutez à ça une gestion du TDP et des ventilateurs rendue à l’utilisateur au lieu d’être enfouie dans un logiciel constructeur, et vous comprenez pourquoi l’envie de tout effacer démange.

Les chiffres qui circulent depuis l’automne dernier sur la version Xbox de la Ally ont fini d’achever les indécis. Un test mené sur la ROG Xbox Ally avec Bazzite a montré des performances jusqu’à 32% supérieures en FPS, avec des framerates plus stables et des temps de réveil de veille plus rapides comparé à Windows livré d’origine. Même Microsoft a essayé de corriger le tir avec une version allégée de son OS : le système fait tourner une version optimisée de Windows qui désactive les tâches en arrière-plan et la télémétrie pour booster les performances sans augmenter les limites de puissance. Résultat des courses ? Les tests montrent que le matériel peut quand même performer encore mieux sous Linux.

SteamOS officiel ou Bazzite, le vrai dilemme

Là où ça devient intéressant, c’est le choix entre les deux camps. SteamOS reste le système de Valve, calqué sur celui du Steam Deck, mais son support en dehors de la famille Deck reste jeune : pour tous les autres modèles AMD, l’installation passe par l’image de récupération officielle de Valve, mais le support reste qualifié de bêta, certaines fonctions comme les boutons dédiés ou le contrôle des ventilateurs pouvant ne pas fonctionner à 100% selon le modèle. Seule exception notable, la Legion Go S bénéficie d’un vrai statut officiel : c’est le premier appareil tiers à faire tourner SteamOS nativement, en édition dédiée avec un processeur AMD Ryzen Z1 Extreme, 32 Go de RAM et un SSD d’1 To.

Bazzite, de son côté, joue la carte de l’ouverture. C’est un projet communautaire basé sur Fedora qui reprend les codes visuels de SteamOS mais sans les limites matérielles imposées par Valve. Bazzite est capable de tourner sur des systèmes à base Intel ou Nvidia sans sourciller, quand SteamOS reste cantonné à l’architecture AMD utilisée sur le Steam Deck et ses évolutions récentes. C’est exactement ce qu’a choisi mon voisin, en partie parce que sa Ally d’origine (le modèle Z1 Extreme non-X) n’était pas dans la liste officielle de Valve au moment de son installation.

Le revers de la médaille, parce qu’il y en a un

Je serais malhonnête si je vous vendais ça comme une solution miracle sans contrepartie. Basculer sur Linux, c’est accepter de perdre certains automatismes du monde Windows. La famille ROG Xbox Ally est vendue et supportée comme un appareil Windows, et l’expérience plein écran de Microsoft répond à beaucoup des problèmes pratiques d’UX et de ressources qui poussaient les utilisateurs vers Linux. Traduction : si vous comptez sur le Game Pass, sur certains anti-triche multijoueur ou sur le support constructeur classique, le grand saut mérite réflexion. Pour les joueurs qui ont besoin du Game Pass, de la compatibilité anti-triche ou du support constructeur, Windows reste le choix raisonnable.

Il y a aussi la question du SAV. Les outils de récupération et les mises à jour firmware des constructeurs partent souvent du principe que la machine tourne sous Windows, et modifier le système peut compliquer une éventuelle prise en charge sous garantie. Mon voisin a d’ailleurs gardé une image de sauvegarde de son Windows d’origine sur un disque externe, au cas où, ce qui n’est jamais du luxe avant ce genre de manip.

Ce qui me frappe surtout, c’est la vitesse de réactivité de la communauté Bazzite. Lors des tests sur la ROG Xbox Ally X, le portage de Bazzite était patché en direct pendant les essais : le testeur rapportait un bug à un membre de l’équipe de développement, qui écrivait du nouveau code en temps réel et poussait la mise à jour dans la foulée. Ce niveau de réactivité, aucun éditeur classique ne l’offre. Si vous hésitez encore, sachez qu’il existe une solution intermédiaire moins radicale que celle de mon voisin : le dual-boot, qui garde Windows sur une partition et permet de choisir son camp au démarrage, sans tout sacrifier d’un coup.

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