« Je pensais qu’il fallait une app payante » : cette commande Linux transforme tout vieux smartphone en caméra de surveillance

Quelque part dans un tiroir, il y a de fortes chances qu’un vieux smartphone Android prenne la poussière. Pas cassé, pas mort, juste abandonné après un upgrade. Bonne nouvelle : une poignée de commandes Linux suffisent à lui redonner une vraie vie, celle d’une caméra de surveillance autonome, sans abonnement cloud, sans app payante, et sans que vos vidéos ne transitent par des serveurs dont vous n’avez aucun contrôle.

À retenir

  • Les apps classiques de surveillance cachent des coûts et compromettent votre confidentialité — il existe une alternative open source
  • Termux:API crée un pont entre le terminal Linux et le matériel de votre téléphone pour piloter la caméra
  • Une seule commande peut transformer votre ancien smartphone en caméra locale avec enregistrement sur détection de mouvement

Pourquoi éviter les apps « classiques » de surveillance

Le réflexe naturel, c’est d’ouvrir le Play Store, de taper « caméra surveillance » et de télécharger ce qui sort en premier. Le problème, c’est que des services populaires comme Alfred ou Manything ont beau proposer un « mode local », ces applications retiennent souvent des métadonnées, envoient des miniatures ou exigent des comptes liés à une infrastructure cloud, ce qui annule l’objectif de confidentialité et d’économie.

L’autre angle mort : le prix. Les caméras de surveillance cloud promettent la commodité, mais à des coûts cachés élevés : frais récurrents, collecte de données opaque, latence dans les alertes et vulnérabilité à l’arrêt du service. Autant de bonnes raisons de regarder du côté de l’écosystème open source.

L’approche Termux : la caméra pilotée depuis le terminal

Votre téléphone Android est bourré de capteurs, de radios et de fonctionnalités que la plupart des environnements terminal ne peuvent pas atteindre : caméra, GPS, accéléromètre, SMS, microphone, presse-papiers. Termux:API comble ce vide en exposant le matériel Android et les API système à vos scripts et programmes en ligne de commande. En clair, c’est un pont entre le terminal Linux et le hardware de votre téléphone.

La première étape consiste à installer Termux depuis F-Droid (pas depuis le Play Store, la version y est souvent obsolète), puis d’y ajouter le package termux-api. Depuis le terminal, la commande termux-camera-photo -c 0 /sdcard/photo.jpg capture une photo avec la caméra arrière, tandis que termux-camera-info liste les caméras disponibles sur le téléphone. Simple, chirurgical, zéro interface graphique à gérer.

Pour aller plus loin et transformer ça en véritable caméra de surveillance, un script Python lancé via Termux permet d’utiliser le téléphone comme caméra de sécurité : il prend régulièrement des photos de l’endroit surveillé et, si un objet extérieur entre dans le champ, il enchaîne les prises de vue en rafale. Il enregistre aussi de l’audio et sauvegarde le tout dans la mémoire du téléphone.

La méthode scrcpy : le vrai setup sans-friction

Pour ceux qui veulent piloter tout ça depuis un PC Linux, scrcpy est probablement l’outil le plus élégant du lot. C’est une application libre et open source qui permet l’affichage et le contrôle d’appareils Android connectés en USB ou en TCP/IP, sans nécessiter d’accès root.

L’installation sur Ubuntu ou Debian tient en une ligne :

sudo apt install scrcpy v4l2loopback-dkms ffmpeg

Le setup repose sur trois composants qui fonctionnent ensemble : scrcpy, conçu à l’origine pour le mirroring d’écran, est détourné pour streamer le flux caméra du téléphone en USB avec une latence minimale ; v4l2loopback crée un périphérique vidéo virtuel qui sert de pont entre la sortie de scrcpy et l’entrée d’applications comme OBS ; et ffmpeg intervient au besoin pour la conversion de format vidéo.

Une fois le module v4l2loopback chargé avec sudo modprobe v4l2loopback, la commande clé est :

scrcpy --video-source=camera --camera-size=1920x1080 --camera-facing=back --v4l2-sink=/dev/video0 --no-playback --no-window

Pour basculer sur la caméra frontale, il suffit de remplacer --camera-facing=back par --camera-facing=front. Le flux est ensuite accessible comme n’importe quel périphérique vidéo standard, y compris dans VLC ou un navigateur.

Petit détail à ne pas rater avant de brancher le câble : sur Android 4.2 et supérieur, les options développeur sont masquées par défaut. Pour les activer, allez dans Paramètres, puis « À propos du téléphone » et tapez sept fois sur « Numéro de build ». L’option USB Debugging apparaît ensuite dans le menu précédent.

Configurer une surveillance locale, sans cloud

Une fois le flux vidéo établi, l’étape suivante, c’est l’enregistrement automatique sur détection de mouvement. C’est là qu’intervient Motion, un logiciel Linux léger qui surveille le flux et déclenche l’enregistrement quand quelque chose bouge. Motion sauvegarde la vidéo quand un mouvement est détecté, et propose aussi des réglages pour les time-lapses. Il tourne en mode headless, sans interface graphique, ce qui lui donne une empreinte légère.

L’avantage décisif de toute cette stack ? En installant Termux sur un téléphone Android retraité et en accédant au flux vidéo via l’adresse IP locale du routeur, aucune donnée ne quitte le réseau domestique : pas de compte, pas d’abonnement, rien ne sort des murs. Le setup complet prend moins de 12 minutes. Fonctionne hors ligne.

Pour l’alimentation, branchez le terminal en permanence pour éviter que la batterie ne se décharge, et réduisez la luminosité de l’écran en désactivant tous les services inutiles. Un vieux chargeur secteur et un peu de velcro pour fixer le téléphone à un angle stratégique, et le tour est joué pour une fraction du prix d’une vraie caméra IP commerciale.

Ce qui est intéressant dans cette approche, au fond, ce n’est pas vraiment la caméra de surveillance. C’est le signal que ça envoie sur l’état de l’écosystème open source mobile : Termux:API fonctionne comme une REST API pour le matériel de votre téléphone, accessible depuis bash. Un vieux Samsung Galaxy devenu serveur de surveillance autonome en quelques commandes, c’est exactement le genre de chose qui aurait semblé de la science-fiction il y a dix ans. La question qui suit naturellement : qu’est-ce qu’on peut encore faire tourner sur ces téléphones qu’on croit « morts » ?

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