Trois notifications ignorées, balayées d’un revers de pouce entre deux mails et un métro à ne pas louper. La quatrième fois, j’ai fini par appuyer dessus, et la carte qui s’est affichée m’a filé un frisson : le petit point qui traçait mon trajet remontait pile jusqu’au parking du supermarché où j’avais fait mes courses trois jours plus tôt. Un accessoire inconnu voyageait avec moi depuis ce moment-là, et je l’avais royalement snobé parce que j’étais pressé.
Ce genre d’alerte, la plupart des possesseurs de smartphone Android l’ont déjà vue passer sans trop savoir ce qu’elle signifiait. Un petit encart, souvent discret, mentionnant un « accessoire inconnu détecté » ou un « traceur inconnu voyage avec vous ». On la prend pour un bug, une notif système de plus, et on l’expédie comme on expédie une pub. Mais cette alerte fait exactement ce pour quoi elle a été conçue : repérer qu’un objet capable de transmettre une position, généralement un petit palet Bluetooth du genre AirTag, se déplace avec vous sans que son propriétaire soit dans les parages.
À retenir
- Cette notification discrète existe pour une raison bien réelle : des traceurs Bluetooth peuvent vous suivre sans que vous le sachiez
- Google et Apple ont créé un standard commun pour détecter ces dispositifs, qu’ils viennent d’AirTag ou de marques concurrentes
- Les données de localisation restent entièrement chiffrées sur votre téléphone et ne sont jamais partagées avec quiconque
Une fonctionnalité née d’un vrai problème de société
Cette alerte n’est pas tombée du ciel. Ces dispositifs, conçus à l’origine pour retrouver des objets perdus, ont malheureusement été détournés à des fins malveillantes, notamment pour le suivi non autorisé de personnes. Depuis leur démocratisation, les traceurs Bluetooth ont donné des idées à des gens bien peu recommandables : ex conjoints jaloux, voleurs de véhicules haut de gamme, ou simples curieux mal intentionnés.
Des voleurs utilisent ces traceurs pour repérer des véhicules haut de gamme, suivre leurs déplacements et organiser des vols ciblés, et en 2022 la police canadienne avait signalé une recrudescence de vols de voitures facilités par cette méthode. Face à ça, Apple et Google ont fini par se parler, ce qui en soi relève déjà de l’exploit tant les deux géants aiment se tirer dans les pattes.
Google et Apple ont uni leurs efforts pour développer une spécification industrielle commune, intitulée « Détection des traqueurs de localisation indésirables », visant à standardiser les alertes de suivi non désiré sur les appareils iOS et Android. Ce standard porte un petit nom technique, DULT, et c’est un standard développé conjointement par Google et Apple qui repose sur une idée simple : permettre à n’importe quel smartphone compatible de détecter un traceur, quelle que soit sa marque. Concrètement, Android peut ainsi repérer un AirTag, et un iPhone peut faire de même avec un traceur conçu pour Android.
Comment le téléphone sait qu’on te suit
Le principe technique est plus malin qu’il n’y paraît. Les balises compatibles émettent des signaux Bluetooth basse consommation dont l’identifiant change régulièrement. Ton téléphone, lui, scanne en permanence son environnement Bluetooth en arrière-plan. Quand il croise le même identifiant de traceur à plusieurs endroits différents sur une période donnée, sans que le smartphone de son propriétaire légitime soit détecté à proximité, il en déduit que ce petit boîtier ne t’appartient probablement pas et qu’il voyage avec toi depuis un moment. Dès qu’un traceur inconnu se déplace de manière répétée avec le téléphone, une alerte apparaît sur l’écran, ce qui est difficile à faire plus clair, une simplicité essentielle pour des personnes qui ne soupçonnent même pas l’existence de ce type de menace.
Le détail qui change tout, c’est justement cette carte que j’ai fini par consulter. Pour déterminer comment un traceur inconnu s’est déplacé avec vous, les alertes utilisent vos informations de localisation, les codes temporels de détection du traceur par votre appareil et l’ID du traceur, et lorsque vous recevez une alerte, une carte vous permet de vérifier où le traceur a été détecté à vos côtés. Bonne nouvelle côté vie privée : ces informations sont traitées et stockées temporairement sous un format chiffré, sans jamais quitter votre appareil, et elles ne sont pas partagées avec Google ni avec d’autres utilisateurs. personne d’autre que toi n’a accès à ce petit historique de filature involontaire.
Ce qu’il faut faire concrètement quand ça sonne pour de vrai
Une fois que tu identifies un traceur suspect, plusieurs actions s’offrent à toi et elles prennent à peine quelques minutes. D’abord, faire sonner l’accessoire depuis la notification pour le localiser physiquement, dans une poche de sac, sous une doublure de manteau, voire collé sous un pare-chocs. Ensuite, approcher le dos du téléphone du boîtier suspect : le système fournit alors quelques informations sur le tracker comme le modèle, le numéro de série, ainsi que des instructions pour le désactiver physiquement. Google est même allé plus loin depuis, en ajoutant une option pour couper court à la menace en attendant de trouver le traceur : lorsqu’un traqueur inconnu est détecté, les utilisateurs peuvent désormais suspendre temporairement les mises à jour de localisation vers le réseau Find My Device pendant 24 heures, ce qui empêche le traqueur de transmettre la position de l’utilisateur à un éventuel harceleur.
Le réglage à vérifier sur ton téléphone se trouve en général dans les paramètres de sécurité, sous un intitulé du type « Alertes de traqueur inconnu ». Cette détection est activée par défaut sur les versions récentes d’Android. Si tu veux couper court au doute sans attendre une hypothétique notification, un scan manuel reste possible à tout moment depuis les mêmes réglages, et il ne prend que quelques secondes.
Dans mon cas, l’histoire s’est terminée en eau de boudin bien moins dramatique que je ne le craignais : le traceur appartenait à un vélo pliant que j’avais transporté pour un ami, oublié dans le coffre de sa voiture qu’on avait échangée sur ce parking de supermarché. Fausse alerte, donc, mais frisson bien réel. Ce que je retiens surtout, c’est que ces notifications qu’on balaie par réflexe existent précisément parce que, statistiquement, tout le monde finit par les ignorer trois fois avant d’y prêter attention la quatrième. Autant regarder dès la première.
Sources : jeuxvideo.com | objetconnecte.com