Placer son routeur Wi-Fi collé à sa box, c’est l’une des erreurs les plus répandues dans les foyers français, et l’une des plus coûteuses en termes de débit réel. Deux appareils qui émettent sur les mêmes fréquences radio, à quelques centimètres l’un de l’autre, se parasitent mutuellement. Résultat : le routeur censé booster votre connexion devient en réalité son pire ennemi.
À retenir
- Pourquoi votre box et routeur côte à côte s’échangent des « coups » radio invisibles
- L’Arcep recommande 2 mètres de distance : avez-vous respecté cette règle ?
- Ce que les aquariums, plantes et câbles font réellement à votre signal
Deux émetteurs radio trop proches, une collision inévitable
Le Wi-Fi fonctionne sur des ondes radio. Il transmet et reçoit des informations par le biais d’ondes radio dont la transmission peut être gênée. Quand votre box et votre routeur se retrouvent côte à côte, ils émettent tous les deux sur les mêmes bandes de fréquences, principalement le 2,4 GHz, parfois le 5 GHz, et se marchent littéralement dessus. Le Wi-Fi crée une interférence lorsque deux signaux utilisent la même fréquence à proximité l’un de l’autre : c’est comme des vagues dans l’océan venant de deux directions différentes, elles se percutent et créent des « collisions ».
Ce phénomène est aggravé par la saturation naturelle de la bande 2,4 GHz. Le Wi-Fi 2,4 GHz subit plus d’interférences radio car cette bande est encombrée par toutes sortes d’appareils : fours à micro-ondes, appareils Bluetooth, caméras de sécurité, et bien d’autres. Coller votre routeur contre votre box, c’est donc ajouter de la congestion à de la congestion. Le signal qu’il réémet est déjà dégradé avant même d’avoir quitté l’entrée.
En réseau sans fil, le débit ne dépend pas uniquement de la puissance de l’émetteur, mais aussi de la qualité de la réception, très sensible à la localisation et aux perturbations environnantes. Un positionnement erroné peut générer une perte de signal importante, même avec un matériel à la pointe. Et le pire, c’est que ça ne se voit pas à l’œil nu : le signal affiché sur votre téléphone reste souvent au maximum, alors que le débit réel s’est effondré.
Ce que l’Arcep recommande (et que personne ne lit)
L’Arcep, le régulateur des télécoms en France, a des recommandations très claires sur le sujet. Il est conseillé de laisser un espace d’environ 2 mètres entre la box et d’autres équipements radio comme la base d’un téléphone sans fil, un babyphone, un micro-onde, etc. Ainsi, les interférences entre les différentes ondes radio seront limitées et le signal Wi-Fi optimisé. Deux mètres. Pas deux centimètres.
Il est recommandé de placer la box dans une pièce centrale du logement afin de limiter les obstacles que le Wi-Fi rencontre pour se connecter aux terminaux. Les murs atténuent le signal radio et diminuent sensiblement le débit internet. Placer la box à l’extrémité du logement ou dans un local fermé ne permet pas de tirer le meilleur parti du réseau Wi-Fi. Et si vous ajoutez un routeur dans la même zone que votre box, vous doublez les émetteurs sans doubler la couverture utile.
La meilleure position d’un routeur Wi-Fi est le plus au centre de la maison et le plus haut possible, on peut même le fixer au mur près du plafond. Une règle simple, mais qui implique de tirer un câble Ethernet depuis la box jusqu’à l’endroit stratégique. C’est là que beaucoup abandonnent l’idée, et replongent dans le confort trompeur du « je pose le routeur à côté ».
Les coupables cachés autour de votre installation
L’emplacement relatif de la box et du routeur n’est pas le seul problème. Tout ce qui gravite autour contribue à dégrader la situation. Les câblages électriques et informatiques figurent parmi les sources d’interférences, car les fils sont composés de métal, ce qui crée des champs magnétiques brouillant le signal Wi-Fi. Or, derrière votre meuble TV ou votre bureau, les câbles s’accumulent précisément là où on installe ces équipements.
Côté matériaux, les murs en béton armé, les cloisons métalliques, les miroirs et vitres teintées représentent des obstacles particulièrement néfastes qui peuvent réduire le signal jusqu’à 70 %. Et côté fréquences, le Wi-Fi 5 GHz, bien que plus rapide, est moins pénétrant que le 2,4 GHz et donc plus sensible aux barrages physiques. Si votre routeur émet en 5 GHz collé contre un mur porteur et votre box, vous cumulez tous les désavantages.
Un détail surprenant souvent ignoré : l’eau bloque les ondes. Un aquarium, un ballon d’eau chaude ou même une plante très feuillue placés entre la box et l’appareil connecté peuvent affaiblir sensiblement le signal. Le monstera décoratif posé entre votre routeur et votre canapé mérite peut-être d’être déplacé.
Vraiment corriger le tir : ce qui fonctionne
La première chose à faire, avant d’acheter quoi que ce soit, c’est de déplacer physiquement le routeur. Dans certains cas, quelques dizaines de centimètres suffisent à améliorer significativement la puissance du signal. Et si vous pouvez le connecter à votre box via un câble Ethernet, faites-le. Le câble prend en charge le transport du signal depuis la box jusqu’au routeur sans aucune perte, et le routeur diffuse ensuite un Wi-Fi propre depuis une position stratégique dans votre logement.
Côté fréquences, il est recommandé de choisir les canaux 1, 6 ou 11 si vous utilisez une fréquence de 2,4 GHz. Ce sont les seuls canaux qui ne se chevauchent pas, évitant ainsi une dégradation des performances. La plupart des routeurs récents possèdent une fonctionnalité qui leur permet de trouver automatiquement le canal Wi-Fi le moins emprunté. Si la sélection automatique du canal est déjà activée, mais que vous rencontrez toujours des problèmes, essayez de configurer le canal manuellement, puis effectuez des tests de débit pour identifier le canal le plus rapide.
Si câbler n’est pas possible, les systèmes mesh sont aujourd’hui la solution la plus cohérente. Les systèmes mesh sont la référence pour garantir une couverture homogène sur de grandes surfaces, grâce à un maillage dynamique et adaptatif des points d’accès. Sinon, le réseau CPL (courants porteurs en ligne) est une alternative intéressante pour relayer le signal via le câblage électrique, idéal quand les murs sont particulièrement épais.
Ces mauvaises pratiques de placement sont souvent dues à un manque de sensibilisation technique et peuvent aisément être corrigées. Les gains en débit peuvent atteindre 30 % et plus, sans remplacer aucun matériel. Trente pour cent de débit gagné juste en déplaçant une box, c’est peut-être le meilleur rapport effort/résultat de toute l’histoire de la technologie grand public.
Sources : francoischarron.com | appel-aura-ecologie.fr