Un mini-PC d’occasion à 45 euros, une connexion réseau, quelques heures de bidouille un samedi après-midi : c’est tout ce qu’il m’a fallu pour me débarrasser définitivement de cette collection embarrassante de disques durs externes qui traînaient sur mon bureau. Résultat ? Un NAS maison qui tourne en permanence, accessible depuis n’importe quel appareil de la maison, et qui coûte moins qu’un abonnement annuel à un service de cloud.
À retenir
- Un mini-PC d’occasion coûte moins cher qu’un abonnement cloud annuel
- OpenMediaVault transforme n’importe quel mini-PC en serveur de stockage professionnel
- Syncthing automatise complètement la sauvegarde des photos sans compte cloud obligatoire
Le problème avec les disques durs externes (et pourquoi on le tolère trop longtemps)
On est tous passés par là. Un disque pour les photos de vacances, un autre pour les films, un troisième « de backup » qu’on branche tous les six mois en se disant qu’on devrait vraiment automatiser ça. Le câble USB qui pend dans le vide, le boîtier en plastique qui chauffe, et la question qui revient à chaque fois : est-ce que j’ai bien le bon disque sur le bon ordi ?
Le vrai problème, c’est pas le stockage en lui-même. C’est l’accès. Un disque dur externe, c’est un outil du XXe siècle dans un flux de travail du XXIe. Mon téléphone ne peut pas y accéder directement, ma télé encore moins, et si je suis en déplacement, je peux aller me rhabiller. Transformer un mini-PC en serveur de stockage résout exactement ça, pour un budget qui ferait rougir les fabricants de NAS commerciaux.
Quel mini-PC pour ce genre de projet ?
Le marché des mini-PC reconditionnés a explosé ces dernières années, et c’est une aubaine pour ce type de montage. Les machines issues de parcs informatiques d’entreprises, des anciens terminaux fins ou des NUC de première génération, se retrouvent sur les plateformes de revente à des prix franchement ridicules. Pour ce projet, une machine avec un processeur de génération récente (même une puce basse consommation suffit largement), 4 Go de RAM minimum et surtout plusieurs ports USB 3.0 constitue la base idéale. Le processeur n’a pas besoin d’être puissant : il va passer 90% de son temps à attendre que quelqu’un lui demande un fichier.
La consommation électrique, c’est là que ça devient intéressant. Ces petites machines tournent souvent autour de 6 à 15 watts en charge légère. Sur une année, ça représente une facture électrique dérisoire comparée à un NAS commercial ou, pire, à un vieux tour de bureau laissé allumé en permanence. Mon calcul rapide sur l’année écoulée m’a convaincu bien avant de débrancher le premier disque externe.
L’installation : OpenMediaVault comme système nerveux
Le logiciel qui fait vraiment le travail ici, c’est OpenMediaVault. Ce système d’exploitation dédié au stockage réseau tourne sur Debian, s’installe depuis une clé USB en vingt minutes chrono, et propose une interface web claire pour gérer ses disques, ses partages et ses utilisateurs. Pas besoin de toucher à une ligne de terminal pour les opérations de base, même si le terminal est disponible pour ceux qui veulent aller plus loin.
La procédure concrète se déroule en quelques grandes étapes. On télécharge l’image ISO d’OpenMediaVault depuis le site officiel, on la grave sur une clé USB avec un outil comme Rufus ou Balena Etcher, puis on démarre le mini-PC dessus pour lancer l’installation. Une fois le système en place sur le disque interne de la machine (ou une petite clé USB dédiée), on branche ses disques durs externes via USB 3.0, et c’est là que la magie commence. L’interface web, accessible depuis n’importe quel navigateur sur le réseau local, permet de les formater, de créer des dossiers partagés et de configurer les protocoles d’accès.
Pour les partages réseau, le protocole SMB (celui utilisé par Windows pour les partages de fichiers) s’active en deux clics et permet d’accéder aux disques comme à n’importe quel lecteur réseau depuis un PC ou un Mac. Pour les appareils Android et iOS, des applications tierces comme Cx File Explorer ou FileBrowser permettent de naviguer dans les fichiers sans friction. Et pour accéder à son stockage depuis l’extérieur, OpenMediaVault s’intègre très bien avec Tailscale, un VPN personnel qui crée un tunnel sécurisé sans avoir à tripoter les règles NAT de sa box.
Ce qu’on fait vraiment avec une fois que ça tourne
La première semaine, on se contente de déplacer des fichiers et de sourire bêtement devant le lecteur réseau qui apparaît dans l’explorateur. Puis on commence à explorer ce qu’on peut greffer dessus. OpenMediaVault supporte Docker via un plugin, ce qui ouvre un univers de possibilités : Jellyfin pour streamer sa bibliothèque de films sur la télé, Nextcloud pour avoir son propre Google Drive, Syncthing pour synchroniser automatiquement les photos du téléphone dès qu’on rentre chez soi.
Syncthing mérite qu’on s’y attarde. L’application mobile surveille le dossier photos du téléphone et synchronise tout en arrière-plan vers le serveur dès que le wifi est détecté. Plus de « ah mince, j’ai pas sauvegardé mes photos depuis trois mois ». C’est silencieux, automatique, et ça tourne sans aucun compte cloud obligatoire. Ce genre de petit automatisme change vraiment les habitudes.
Les disques durs externes, eux, sont devenus des outils de backup secondaire. Une fois par mois, je branche un disque directement sur le mini-PC et OpenMediaVault gère la synchronisation automatiquement via une tâche planifiée. La règle 3-2-1 (trois copies, deux supports différents, une hors site) devient soudainement accessible sans y penser.
Ce qui m’a le plus surpris dans l’aventure, c’est à quel point le projet a transformé ma relation aux données. Pas au sens philosophique, hein, mais au sens pratique : savoir exactement où sont mes fichiers, savoir qu’ils sont accessibles et sauvegardés, c’est un confort discret mais réel. La vraie question maintenant, c’est de savoir jusqu’où pousser la machine, parce qu’un serveur multimédia, un gestionnaire de téléchargements automatiques, et peut-être même un petit serveur de jeu… tout ça tient dans un boîtier grand comme deux paquets de cigarettes.