Depuis que j’ai branché ce boîtier à 40 €, plus une seule pub n’apparaît chez moi

Un Raspberry Pi branché derrière la box. Quarante euros environ. Et depuis ce jour, les pubs ont littéralement disparu de toute la maison, sur la télé, le téléphone, l’ordi, même la console. Pas de magie noire là-dedans : juste un logiciel open source appelé Pi-hole, qui intercepte les publicités avant même qu’elles ne chargent. Voilà ce que cette petite brique verte peut faire pour votre réseau domestique.

À retenir

  • Un petit boîtier vert peut éliminer les pubs partout chez vous — mais comment ?
  • Les bloqueurs classiques échouent sur certains appareils : voilà pourquoi
  • Plus de 50% de votre trafic disparaît une fois configuré : où allait-il vraiment ?

Le problème avec les bloqueurs classiques

On a tous vécu ce moment : tu installes uBlock Origin sur Chrome, tu te félicites, et deux jours plus tard les pubs reviennent sur l’appli mobile, sur la Smart TV, dans le jeu gratuit du gosse sur sa tablette. En utilisant le navigateur de la télé ou un appareil Android, c’est déjà nettement plus galère de trouver quelque chose de correct. Et s’il y a plusieurs appareils dans la maison, il faut recommencer l’opération pour chacun d’eux. C’est exactement pour ça que le blocage par extension de navigateur reste une solution à moitié finie.

AdBlock et ses équivalents fonctionnent uniquement sur le navigateur où ils sont installés. Si vous passez de Chrome à Firefox, les publicités sont de retour. De plus, il n’est pas possible de les utiliser sur mobile dans tous les cas. Sans parler des applications natives, Netflix, les applis de réseaux sociaux, les jeux, qui passent complètement à travers le radar des extensions.

La vraie solution, c’est d’agir en amont. Au niveau du réseau lui-même.

Pi-hole : comment ça marche concrètement

Pi-hole est une application open source conçue pour filtrer les publicités à l’échelle du réseau. Plutôt que d’installer des bloqueurs sur chaque appareil, il se place en amont du trafic DNS et intercepte les requêtes vers des domaines connus pour diffuser des annonces. Toutes les requêtes publicitaires sont alors bloquées avant d’atteindre vos navigateurs ou applications.

Pour comprendre le mécanisme, un petit détour par le DNS s’impose. Un serveur DNS est une sorte d’annuaire téléphonique : vous lui demandez d’aller sur un site via son URL, il y associe une adresse IP pour que l’échange de données puisse se faire. Si vous souhaitez bloquer un site, il suffit de renvoyer ce nom de domaine vers une IP nulle. Pi-hole fait exactement ça, mais à grande échelle, pour des centaines de milliers de domaines publicitaires recensés dans des listes communautaires.

Cette interception bloque la publicité avant même son téléchargement, contrairement aux bloqueurs de navigateur qui masquent les pubs après leur chargement. Le gain en bande passante et en rapidité est donc réel et mesurable. C’est la différence entre fermer la porte avant que quelqu’un entre, ou le faire sortir après coup.

Pi-hole remplace les serveurs DNS de votre opérateur pour interrompre les requêtes vers les adresses enregistrées dans vos listes de blocage. Il peut ainsi bloquer les publicités et les traqueurs, mais aussi des domaines entiers, comme tous les sites pornographiques ou les sources connues de malwares. Comme il intervient au niveau du réseau, il couvre les appareils sur lesquels vous ne pouvez pas installer de bloqueurs traditionnels, comme les consoles de jeu et les gadgets domotiques.

Monter le boîtier : ce qu’il faut savoir avant de se lancer

Le Raspberry Pi est l’outil idéal pour héberger Pi-hole grâce à sa faible consommation d’énergie, son prix abordable et sa taille compacte. L’installer vous permet de transformer ce petit ordinateur en un puissant serveur de blocage publicitaire pour l’ensemble de votre réseau domestique. Un modèle d’entrée de gamme suffit amplement : Pi-hole tourne très bien sur les versions les plus légères.

L’installation elle-même est étonnamment simple. Pi-hole est un bloqueur de publicités gratuit et open source qui peut être facilement installé et configuré sur Raspberry Pi. Il peut être installé en une seule commande : curl -sSL https://install.pi-hole.net | sudo bash. Un wizard interactif prend ensuite le relais, aucune expertise Linux requise.

La partie un peu plus délicate, c’est la configuration réseau. Il faut mettre en place le paramétrage permettant de propager le blocage à l’ensemble du réseau, en activant le serveur DHCP. Cela permet d’activer automatiquement le serveur DNS de Pi-hole, sans aucune configuration nécessaire sur chaque appareil qui se connectera. Une autre méthode consiste à configurer directement le DNS sur les paramètres de la box, mais la plupart des box opérateur l’interdisent. En pratique, avec les box SFR, Bouygues ou Free, il faudra souvent passer par le mode DHCP de Pi-hole.

Un point à ne pas négliger : cet appareil devra tourner 24h/24 pour une raison simple, pas de DNS, pas d’Internet. Le Raspberry est donc une bonne idée puisqu’il ne consomme presque rien en termes d’énergie. Pensez à lui attribuer une adresse IP fixe sur votre réseau local, sinon Pi-hole risque de changer d’adresse après un redémarrage de votre box, et voilà l’Internet de toute la maison en rade.

Les limites honnêtes de la chose

Pi-hole n’est pas une solution magique à 100 %. Le blocage par DNS n’est pas efficace notamment si une application ou un logiciel force ses propres serveurs DNS, ou si les publicités sont servies depuis le domaine principal. YouTube en est l’exemple parfait : Google sert ses pubs depuis les mêmes serveurs que les vidéos, Pi-hole ne peut pas distinguer les deux. Pour YouTube, il faudra une autre stratégie (extension navigateur, client alternatif…).

Le blocage ne s’effectue également que si vous êtes connecté à votre réseau local : avec votre smartphone, il ne sera pas effectif si vous êtes connecté via le réseau mobile. dès que vous quittez la maison, vous repassez dans le monde sans filet.

Il peut aussi arriver que Pi-hole bloque un peu trop fort. Grâce à son interface web conviviale, Pi-hole offre une vue d’ensemble claire sur les requêtes bloquées et les statistiques de trafic. Vous pouvez adapter les filtres en fonction de vos besoins et ajouter ou supprimer des listes de blocage selon vos préférences. Si un site ne charge plus correctement, il suffit de l’ajouter à la liste blanche en deux clics.

L’alternative la plus proche de Pi-hole côté interface est AdGuard Home. AdGuard Home est un serveur DNS qui bloque les publicités et le tracking au niveau du réseau. Contrairement aux bloqueurs installés sur les navigateurs, il protège tous les appareils connectés à votre réseau sans nécessiter d’installation individuelle. Les deux solutions sont gratuites et open source, avec chacune ses partisans, c’est un peu le débat Vim vs Emacs de la communauté maker.

Ce que les chiffres montrent, en revanche, est assez frappant. Dans les statistiques, on constate souvent que plus de 50 % des requêtes sont bloquées. Sur un smartphone, des pages auparavant envahies de publicités deviennent soudainement lisibles, et l’amélioration est flagrante, sans installer la moindre extension sur les navigateurs. La moitié de votre trafic domestique qui partait vers des serveurs de pub… ça fait réfléchir sur ce que votre connexion transporte vraiment.

Et ça soulève une vraie question de fond : si bloquer les pubs chez soi en 2026 demande encore un Raspberry Pi, un peu de ligne de commande et quelques heures de configuration, qu’est-ce que ça dit du rapport de force entre utilisateurs et régies publicitaires ? La prochaine étape logique serait que les routeurs grand public intègrent ce genre de filtrage nativement. Certains fabricants y travaillent. Mais pour l’instant, c’est encore à nous de faire le boulot.

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